La transition, ou comment survivre à l’apocalypse

Depuis le début des années 2000, le mot qui était devenu à la mode chez les écologistes, c’était la décroissance. Certes, les adeptes radicaux de la décroissance « pure et dure » n’ont jamais été très nombreux, mais ils ont réussi à imposer un débat devenu incontournable. Une bonne partie de la classe politique s’est positionnée sur la décroissance, et même le Medef a organisé lors de son université d’été 2009 un débat sur le thème de « la décroissance prospère » !

Qu’on se le dise, aujourd’hui, le nouveau mot à la mode, c’est la transition. Ce thème va être abordé, par exemple, aux prochains Entretiens de Millançay de Philippe Desbrosses, début octobre, ainsi que pendant le Salon Marjolaine au mois de novembre. TGV magazine, qui en a fait son dossier principal cet été, affirme : « Les initiatives de transition écrivent, mois après mois, de nouvelles histoires, ouvrent de nouveaux sentiers pour avancer vers un avenir plus local et frugal en énergie. »

Le concept de transition a été imaginé par un anglais dénommé Rob Hopkins, adepte de la permaculture (« approche pour concevoir des habitats humains et des systèmes agricoles qui imitent les relations présentes dans l’écologie naturelle »). En gros, il part du constat que la société se dirige vers deux catastrophes inéluctables : le pic pétrolier (c’est-à-dire la raréfaction des ressources pétrolières) et le réchauffement climatique. Rien de très original pour un écologiste, sauf que Rob Hopkins ne propose pas de solution pour éviter que ces catastrophes surviennent. Il explique aux citadins angoissés par ces perspectives funestes qu’ils peuvent survivre aux pénuries de pétrole et de nourriture annoncées, et cela grâce à des Initiatives de Transition. Il s’agit, pour des groupes d’individus situés de préférence dans de petites villes, de progressivement relocaliser l’économie, avec une production agricole locale la plus autonome possible, mettre en place une monnaie locale et adopter des ressources énergétiques autres que le pétrole.

Dans son Manuel de transition, déjà vendu à 5000 exemplaires en France, Rob Hopkins utilise la notion de résilience, c’est-à-dire « la capacité d’un écosystème à s’adapter à des événements (chocs) extérieurs et à des changements imposés ». Pour une société, la résilience permet à « être mieux préparés pour un avenir plus sobre, plus autosuffisant et qui favorise ce qui est local au lieu de ce qui est importé ». Bien qu’il reconnaisse que « par le passé, il y avait bien sûr beaucoup de choses misérables et débilitantes », il ajoute néanmoins que « la vie avant l’ère du pétrole n’était pas si mal que ça ». Il prend notamment comme exemple l’Angleterre… en temps de guerre, en faisant l’éloge des politiques de rationnement : « La diminution des iniquités alimentaires fut une des réussites du rationnement. Tandis que les nantis virent leur alimentation réduite, l’alimentation des pauvres, particulièrement dans les centres industriels, s’améliora nettement par rapport aux années précédant la guerre. La consommation alimentaire, y compris de viande, diminua de 11% en 1944. » Mais Rob Hopkins regarde aussi vers l’avenir, en imaginant comment la société aura évolué en 2030 grâce aux transitionneurs. Ainsi, concernant la santé, il explique : « A peu près la moitié des remèdes prescrits par les médecins sont d’origine locale : des fermiers locaux produisant les plantes médicinales essentielles qui sont ensuite préparées dans les laboratoires locaux. » Quant aux voyages, finies les longues distance : « La difficulté de se déplacer sur de longues distances a été bénéfique puisque les gens sont maintenant davantage liés à leur milieu et en connaissent toutes les particularités. »

Aujourd’hui, il existe des centaines d’Initiatives de Transition dans une vingtaine de pays. Les villes (ou territoires) en transition ne constituent cependant pas un phénomène nouveau. On peut en effet considérer les Initiatives de Transition comme un nouvel avatar du survivalisme. Depuis les années 50-60, le monde occidental (principalement anglo-saxon) a connu plusieurs vagues de survivalisme. Que ce soit la peur d’une guerre atomique, le bug de l’an 2000 ou l’effondrement de l’économie, il y a régulièrement eu des individus qui ont cherché à se prémunir de ces apocalypses imminentes. Récemment encore, des illuminés entendent débarquer dans le village français de Bugarach, censé être épargné par la fin du monde prévue en le 21 décembre 2012. Il est évident que le catastrophisme écologique est idéal pour lancer une nouvelle vague survivaliste. Le survivalisme « écolo » diffère toutefois du survivalisme « traditionnel » par deux aspects : la survie se veut davantage communautaire qu’individuelle ; les transitionneurs veulent s’ancrer dans la société et non pas s’en isoler.

Dans un prochain billet, nous nous intéresserons à la façon dont les angoissés de l’apocalypse écologiste sont incités à devenir transitionneurs à force d’écopsychologie et d’écospiritualité. Et vous comprendrez pourquoi l’émission Global Mag (Arte), sur un reportage concernant ce phénomène, s’était s’interrogée : « Avant-garde ou secte écolo ? »

Sources

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Commentaires
  1. karg
  2. bob
  3. alzine
  4. Laurent Berthod