Réhabiliter l’eau de Javel

C’est sous le titre « Le danger : les bactéries ou l’eau de Javel ? » que Le Figaro a publié fin juillet l’excellente tribune de Bernard Meunier, membre de l’Académie des sciences. Ce dernier regrette qu’aujourd’hui « tous les produits naturels sont considérés comme bons pour la santé de l’homme et par opposition tous les produits chimiques, dangereux ». Plus spécifiquement, il déplore que, depuis plus de vingt ans, « l’eau de Javel est devenue la marque du danger chimique, en oubliant que tout au long du XIXe et du XXe siècle ce désinfectant chloré a sauvé des millions de personnes d’infections bactériennes et virales ».

Prenant l’exemple récent des contaminations par la bactérie Escherichia coli, il s’interroge : « Avant de condamner les concombres espagnols, n’aurait-t-on pu imaginer une campagne d’information sur l’utilisation d’un peu d’eau de Javel dans la première eau de lavage des légumes ? Mettre à genoux les producteurs de légumes frais n’est pas un problème pour ceux qui ont décidé que l’eau de Javel est un danger majeur. » Et à propos de l’utilisation en agriculture biologique de matières fécales comme engrais, il rappelle que « nos grands-parents, qui vivaient avant l’arrivée des antibiotiques, savaient bien que les bactéries fécales étaient dangereuses. Une éducation simple mais efficace leur avait transmis les règles de l’hygiène pasteurienne : lavage des mains avec une bonne dose de savon et lavage des légumes de manière abondante. Dès le moindre doute, l’habitude était de verser une petite dose d’eau de Javel dans une première eau avant le rinçage. Ceci permettait de manger des crudités du jardin sans aucun souci ! » Bernard Meunier évoque également le drame en Haïti, et « les eaux des rivières contaminées par le déversement des tinettes de soldats de l’ONU, porteurs sains du choléra » : « De nombreux « responsables » équipés de leurs bouteilles d’eau importées ont voulu éviter les dangers de l’eau de Javel aux populations haïtiennes qui n’avait que les rivières contaminées comme source d’eau. Il a fallu plus de 5000 morts, oui, 5000 morts, avant que l’on traite les eaux avec des dérivés chlorés. »

L’académicien pose alors la bonne question : où se trouve le danger ? Escherichia coli, le choléra ou l’eau de Javel ?

Sources

Le Figaro, 25 janvier 2011.

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Commentaires
  1. La Coupe Est Pleine
  2. georgio31
  3. daniel