« Le jugement dernier »

Nous poursuivons le développement de notre bibliothèque verte destinée à vous faire (re)découvrir les livres clés qui ont contribué à façonner l’écologie contemporaine. Aujourd’hui, nous vous proposons de profiter d’un long week-end pascal pour lire Le Jugement Dernier, de Gordon Rattray Taylor, publié en 1970.

Un peu oublié aujourd’hui, ce livre a été une des références du mouvement écologiste dans les années 70, malgré des positions assez réactionnaires. L’auteur, d’origine britannique, fut journaliste et a notamment travaillé pour la BBC à partir de 1966.

L’auteur s’inquiète de voir que les avertissements de certains scientifiques concernant la crise écologique ne sont pas suffisamment entendus. Son objectif, avec ce livre, est justement de « rendre l’effondrement prédit aussi explicite que possible dans l’état actuel de nos connaissances ». Il ajoute que « ce livre traite des prochaines trente années – c’est un tour des problèmes qui son en train de se poser, et non un sommaire de ceux que nous connaissons déjà ». Ainsi, il s’inquiète déjà du changement climatique, expliquant que « l’ensemble des climats de la planète a commencé à se réchauffer nettement depuis un point situé il y a un siècle environ » et que ce réchauffement « serait dû à l’excédent de bioxyde de carbone introduit par l’homme dans l’air ». Il pense même que « la température moyenne de la Terre devrait s’être élevée d’au moins 5°, en 1990 ». Cependant, il note que « dans les années 50, on commença à s’apercevoir que les températures, au lieu de continuer à monter, commençaient à baisser », et cela, selon lui, en raison de la pollution atmosphérique qui accroissait la turbidité. Il en conclut : « A quoi tous ces effets aboutiront, nous n’en savons tout simplement rien ; mais nous savons que ces effets sont importants et que, dans un sens comme dans l’autre, ils peuvent avoir des conséquences catastrophiques. »
Il passe aussi en revue d’autres problèmes, comme les gaz toxiques, les pesticides (en particulier le DDT), les nitrates, l’amiante, le mercure, le cadmium, la radioactivité, etc. Pour lui, « les métaux et les pesticides ne sont que les plus visibles des contaminants que nous déversons dans notre environnement », et de préciser : « On estime à plus d’un quart de million le nombre de substances diverses qui sont libérées sous forme de déchets, d’eaux usées ou de gaz. Aucune pratiquement n’a été soumise à expérimentation pour déterminer ses effets possibles sur l’écosphère. Il serait grand temps de ne plus attendre l’apparition de maladies évidentes pour nous demander s’il n’y a pas contamination de l’environnement. » Quant aux pratiques agricoles, il condamne davantage les monocultures que les pesticides : « Les pesticides posent un problème moins à cause des pesticides qu’en raison de l’accroissement des monocultures (…). C’est la possibilité ainsi donnée aux parasites de trouver en quantités illimitées leur nourriture préférée qui permet à ces parasites de se multiplier exagérément. » Il ajoute : « Et quand on y réfléchit, c’est exactement ce qui arrive au superparasite qu’est l’homme. »
Or justement, Gordon Rattray Taylor n’hésite pas à comparer l’homme à un « microbe » et considère l’accroissement démographique comme le principal problème écologique : « Si nous n’étions que dix à quinze millions sur la Terre entière, nous pourrions polluer à cœur joie. (…) Au contraire, avec une population de sept milliards ou plus, des technologies, mêmes primitives, pourraient créer un impact sensible. Le volume des déchets produits par sept milliards d’humains, même dépourvus de technologie, serait tel que les cours d’eau auraient du mal à l’absorber. » Il pointe notamment le risque de famine : « Le problème alimentaire surgit parce que l’homme, comme une invasion de sauterelles, a dépassé les possibilités de son environnement. (…) Retarder le jour fatal ne fait que rendre la chute plus dure. C’est l’homme qu’il faut contrôler. » Pour ce faire, l’auteur considère les contraceptifs et l’avortement insuffisants et que « les seules mesures qui réduisent la population sont la décision d’avoir moins d’enfants, de ne commencer à en avoir que plus tard, et d’espacer davantage les naissances ». Il propose en conséquence « un accroissement des impositions pour ceux qui ont des enfants » et imagine même « de soumettre à un système de licences l’autorisation d’avoir des enfants », si les autres mesures ne fonctionnent pas. Par ailleurs, il estime qu’il existe des facteurs limitants dans la croissance démographique autres que les famines, en l’occurrence « le stress, l’ensemble des tensions qu’engendre la surpopulation ». Et le stress que Gordon Rattray Taylor considère particulièrement « virulent », c’est « la simple présence d’étrangers ». Il poursuit ainsi son raisonnement : « Dans de nombreuses langues, le mot pour désigner l’étranger est identique à celui qui désigne l’ennemi. Au long d’innombrables générations, l’homme a été conditionné à voir dans l’étranger une menace en puissance. Dans la vie citadine, nous croisons constamment des étrangers, tous les jours, et certains représentent effectivement une menace, par mauvaises intentions ou négligence. (…) Tout voyageur sait à quel point il est épuisant d’entretenir des relations sociales avec des étrangers, jour après jour, même lorsqu’ils sont très amicaux. Je pense que des recherches dans cette direction montreraient que les gens préfèrent limiter le nombre de tels contacts, et que les grandes villes infligent un stress en contraignant leurs habitants à outrepasser ces limites. »

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Commentaires
  1. douar
  2. Cécile