Peur et catastrophisme

Le Figaro a publié mardi deux tribunes très intéressantes sur l’état d’esprit ambiant. La première est signée Chantal Delsol. La philosophe s’intéresse à certains courants de pensée, notamment en vogue dans les milieux écologistes radicaux, qui théorisent d’une certaine façon la catastrophe. « Depuis la fin de la seconde guerre mondiale fleurit ce qu’on appelle à présent le catastrophisme. Les deux événements terribles que furent la Shoah et Hiroshima ont évidemment contribué à la naissance de ce courant, dont l’écologie aujourd’hui se nourrit : on attend la fin du monde. Pendant la guerre froide, on redoutait la guerre nucléaire. On redoute à présent les fléaux dus tantôt au réchauffement climatique, tantôt à l’épuisement de l’énergie, tantôt à l’explosion démographique mondiale. Le fait qu’en cinquante ans la peur ait changé à ce point d’objet montre bien que c’est une peur intrinsèque qui nous taraude, l’objet n’étant qu’un prétexte. » Il en va de même pour la crainte que représente le progrès technologique et scientifique. Et bien évidemment, le monde agricole n’est pas épargné. La sélection variétale, la génétique, l’agronomie, les biotechnologies sont autant de prétextes à des angoisses sociétales que de fantasmes.

Et dans le même numéro du Figaro, c’est le chroniqueur Yves de Kerdrel qui complète la réflexion de Chantal Delsol en s’appuyant sur l’actualité japonaise qui met en lumière « le courage, l’abnégation et le sang froid des habitants de cet archipel » alors qu’à l’inverse le débat franco-français sur le nucléaire se concentre sur la peur et l’angoisse. « Comme l’a dit Claude Allègre, cette catastrophe a montré, s’il en était encore besoin que l’Asie est bien le continent du courage, et notre vieille Europe, celui de la peur » note Yves de Kerdrel. « Comment nos enfants pourraient-ils avoir confiance en l’avenir lorsqu’on leur explique qu’il faut avoir peur de l’atome, d’Internet, du Wi-Fi, de ce qu’ils ont dans leur assiette, mais aussi de la finance, des marchés, mais aussi des inventions, du progrès en général et puis des autres, de tous ceux qui sont différents : les étrangers, les handicapés ou les peuples qui s’émancipent ? » poursuit le chroniqueur du Figaro.

« Faut-il rappeler à tous ceux qui s’interrogent sur la pertinence de l’énergie nucléaire que le Japon ne compte, pour le moment, aucune victime directe ou indirecte de l’accident

survenu dans sa centrale de Fukushima ? Les 20.000 morts ou disparus sont tous des victimes du tremblement de terre et du tsunami. Faut-il rappeler à tous ceux qui veulent revenir à des « temps plus anciens » où l’on se chauffait au coke et où l’on s’éclairait à la bougie, que le charbon tue chaque année 10.000 personnes, uniquement dans les mines, soit au total plus de 200.000 victimes depuis la catastrophe de Tchernobyl ? Faut-il enfin rappeler que le tabac tue plus de 5 millions de personnes par an ? Toutes les inepties, clamées ces derniers jours, par  ;des pseudos-écologistes, par des experts auto-proclamés, par des Eva Joly, Noël Mamère ou Nicolas Hulot ont fait ressortir ce mythe de la décroissance qu’assènent tous ceux qui n’ont rien à dire ; cette tentation amish de croire que l’on peut vivre à l’écart d’une société moderne, donc forcément mauvaise. » Yves de Kerdrel termine sa chronique décapante en rappelant que « Paul Claudel écrivait en 1923, alors qu’il était ambassadeur à Tokyo, au lendemain d’un tremblement de terre : « le Japonais ne perd jamais le sentiment du dangereux mystère qui l’entoure ».  A l’inverse, nous avons opté en France pour une culture du risque zéro, q

ui fait de nous des drogués de la sécurité. De grâce, ne transformons pas le village gaulois en cité de la peur. »

Merci Monsieur de Kerdrel.

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Commentaires
  1. Alzine
  2. wackes seppi
    • wackes seppi
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    • douar
  5. zygomar
  6. ecolo en colère
  7. Laurent Berthod