Dérapage d’Isabelle Saporta : le témoignage d’un arboriculteur

Le « documentaire » « Manger peut-il nuire à la santé ? » (on appréciera le point d’interrogation) diffusé par France 3 est une manipulation. C’est en tout cas ce qui ressort du témoignage d’un arboriculteur cité et filmé dans le reportage en question. Nous reproduisons ici, avec son autorisation, son analyse que vous pouvez retrouver sur son blog. Attention, ça décoiffe.

J’étais à Paris mercredi soir avec une partie de l’équipe « pommes poires » pour travailler sur différents dossiers d’actualité. Il me semble que c’est Pierre qui le premier a évoqué le documentaire intitulé « manger peut-il nuire à la santé ? », qui devait passer le soir même sur FR3. Annoncé à grands renforts de publicité, cette « enquête minutieuse » allait révéler quelques nouveaux scandales alimentaires. J’apprenais qu’on y parlait de pommes et qu’un arboriculteur déclarait que « sans pesticides la production ne serait pas rentable ». J’ai surpris les regards inquiets autour de la table à l’instant même où je prenais conscience que c’était sans doute de moi dont il s’agissait.  Ce qui ne m’avait pas effleuré l’esprit jusque là, puisque le seul reportage dont j’étais le sujet et qui n’avait pas encore été diffusé devait, m’avait-on dit, passer en prime time sur FR3, durer au moins deux heures et traiter de la question essentielle des moyens nécessaires pour nourrir neuf milliards d’habitants à l’horizon 2050.

Les noms des réalisateurs, Eric Gréret et Isabelle Saporta, m’étaient plutôt inconnu. Un clic sur Google m’a permis de confirmer qu’une des images de la bande annonce provenait bien de Charente. J’ai alors compris le piège dans lequel j’étais tombé. Il m’est passé par la tête quelques sentiments peu amènes, du type de ceux que les bulles de bandes dessinées expriment mieux que mille mots. J’ai senti monter en moi une sorte d’envie irrépressible de « bourre pif » plutôt inhabituelle.

Je n’ai pas vu le documentaire le soir même. J’ai préféré diner tard, d’un plat, avec Claude et Vincent au Royal Bergère, chez Hillel, laissant à mon entourage le soin de me livrer ses impressions et les premiers décodages. Dès 23h15, sms, mails et appels ont afflué sur mon portable. Heureusement qu’il était tard, me disait-on, et que l’audience pouvait être faible, parce que l’effet était dévastateur.

C’est le 29 juin 2009 que j’ai reçu au Tastet Alexandre Le Guienne et un caméraman dont j’ai oublié le nom. Un ami, Jean François P, m’avait fait part de son projet de documentaire et me l’avait présenté comme un journaliste sérieux et bien intentionné. Quelle agriculture allait permettre de nourrir neuf milliard d’individus sur terre en 2050 était son sujet.

Ces deux types étaient charmants et les échanges que nous avons eu toute la journée, et particulièrement lors du déjeuner au Fair Play à Barbezieux, ne laissaient pas apparaître d’idées préconçues ou d’intentions de nuire. J’ai donc décrit par le menu l’état de nos pratiques de production en matière de nutrition et de protection contre les maladies et les ravageurs. De nombreuses séquences ont été tournées et plusieurs interviews ont été enregistrées.

C’est ainsi qu’à leur demande j’avais mobilisé Stéphane pour qu’il ralentisse les opérations de traitement prévues ce jour là afin que le caméraman puisse faire et refaire les prises de vue qu’il souhaitait. Le moment était bien choisi, puisque nous devions épandre ce jour là un insecticide.

Le pic des éclosions de carpocapse (le ver de la pomme) qui venait d’avoir lieu quelques jours plus tôt nous faisait craindre que la confusion sexuelle répartie sur l’ensemble du verger ne soit insuffisante et nous avions décidé de compléter la protection avec de la « carpovirusine ». Cette protection combinée avec la  confusion, contre « cydia pomonella », est complètement labellisée agriculture biologique. C’est ce que j’ai longuement expliqué à ces journalistes qui ont trahi ma confiance. Notre protection contre les insectes et les acariens ne nécessite quasiment plus de produits phytosanitaires de synthèses. Ce qui n’est pas le cas encore pour la protection contre les pucerons pour lesquels nous ne réussissons pas encore à nous passer d’un produit chimique.

J’ai aussi longuement expliqué pourquoi il nous fallait pulvériser de nombreuses fois au printemps. J’ai décrit comment nous déposons sur le végétal des gouttelettes chargées d’une « matière active » qui empêche le champignon de la tavelure (venturia inaequalis) de se développer lorsqu’il pleut. Parce que l’eau de pluie qui dilue un peu du produit présent sur le végétal devient toxique pour le champignon. Cette fois encore, je leur ai rappelé que le raisonnement était strictement le même en agriculture biologique. La seule différence étant que les « bios » utilisent seulement du soufre et du cuivre, alors que nous nous autorisons à choisir, au-delà de ces deux substances, le produit le plus adapté parmi les spécialités commerciales homologuées de produits chimiques.

Mes hôtes semblaient très intéressés d’apprendre par exemple qu’une protection en agriculture biologique d’une variété de pomme sensible à la tavelure comme Reine de Reinettes, nécessite des passages encore plus fréquents au printemps que lorsque l’on utilise certains produits phytosanitaires de synthèses.

Alors à l’arrivée que voyons-nous dans le film ? Les images sont bien extraites de cette longue journée de tournage. Mes explications sur la nécessité de traiter au printemps sont bien celles que j’ai données, mais bien évidemment elles sont issues de l’une des prises où je n’évoque ni le cuivre, ni le soufre, ni la comparaison entre l’agriculture biologique et l’agriculture qui s’autorise à choisir parmi les spécialités commerciales de produits chimiques qui sont homologuées par les autorités sanitaires en France et en Europe.

En revanche, les commentaires sont une pure trahison et d’une malhonnêteté intellectuelle peu courante. La carpovirusine Madex devient le symbole de la chimie effrayante (virus vivant) qu’il faut manipuler avec d’infinies précautions tellement il apparaît dangereux. Il n’y a qu’à voir le matériel de protection qu’il faut se mettre dessus pour faire ces opérations. Au passage Stéphane est devenu Thierry. Le mensonge est évidemment très facile sur de telles images et la cause de la dénonciation de mon agriculture « industrielle », comme ils disent, gagnée d’avance.

Pourtant les mêmes images et les mêmes paroles que je prononce dans le reportage auraient pu être recueillies chez un arboriculteur en agriculture biologique. Le bidonnage est total et le couple Alexangre Le Guienne/Eric Guéret s’y livre sans complexe.

Vient ensuite l’analyse des fruits sensés provenir de mon verger. Le bidonnage continue de plus belle puisque que l’assertion est complètement fausse. L’image des pommes Belchard que l’on voit révèle un sticker de la marque « Mouneyrac ». C’est un éminent grossiste de Rungis, reconnu pour mettre en marché d’excellentes pommes, que je n’ai malheureusement jamais eu le bonheur de livrer.

Isabelle Saporta avait appelé l’hiver qui avait suivi le reportage pour savoir où trouver nos pommes. Je lui avais conseillé d’appeler Philippe, mon associé. Je me souviens qu’il lui avait donné des adresses de magasins dans Paris où il était possible de trouver la Belchard de référence en ce bas monde. Cette éminente « journaliste d’investigation » m’avait rappelé pour me dire qu’elle avait été infoutu d’en trouver à ma marque. Ce qui ne l’a pas empêché de dire que ce sont les miennes qu’elle a fait analyser L’enquête minutieuse vire carrément à cet instant à la dénonciation calomnieuse. Ce qui vous en conviendrez interroge quand même, quand on sait que tout cela est programmé sur une chaine publique dont on pourrait penser qu’elle s’astreint à une déontologie minimum.

Alors il y a des traces de résidus de produits chimiques sur les pommes que cette sorcière de conte de faits, dissimulée sous un minois enjôleur ordinaire, à fait analyser. Et à qui est-ce qu’elle demande l’interprétation des résultats ? Aux autorités sanitaires de notre beau pays dont dans d’autres « enquêtes minutieuses » elle nous dirait qu’elles sont une garantie d’impartialité, en tant que service public, qu’il faut préserver à tout prix? Bien sûr que non. C’est à l’inénarrable président d’opérette du MDRGF (Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures), François Veillerette, autoproclamé spécialiste des produits chimiques qui s’y colle. Alors il commente, et surprise, il trouve un produit qui ne devrait pas être là, le carbendazime, puisqu’il n’est plus homologué en France. Ce qu’il ne semble pas savoir le Très Sain, c’est qu’il y a toujours une Limite Maximale de Résidus (LMR) pour cette matière active, puisque plusieurs produits chimiques parfaitement homologués se dégradent en carbendazime. Donc cet échantillon, qui n’est pas issu de mes vergers, est bien heureusement complètement conforme à la réglementation en vigueur. N’empêche que ces deux tenants du journalisme à la Leni Riefenstahl insinuent ouvertement que j’ai enfreint la loi.

Le bidonnage de ce documentaire, au moins pour sa partie pomme, est confondant. Il suffit de voir ces premières images où Isabelle Saporta dans sa petite voiture, est en route, si l’on en croit le commentaire off, vers mon verger industriel… Alors qu’elle n’est évidemment jamais venue chez moi.

Eric Guéret, Alexandre Le Guienne et Isabelle Saporta sont, à mon sens, sans foi ni loi et n’ont qu’un seul objectif : faire du fric. L’opération médiatique est bien montée. Concordance entre le salon de l’agriculture, la sortie d’un livre qui me paraît aussi engageant « que du papier hygiénique oblitéré » (Frédéric Dard) : « le livre noir de l’agriculture » et la diffusion du documentaire sur FR3.

J’écoutais ce matin sur France Inter la façon dont Patricia Martin et Fabrice Drouelle dialoguaient avec leur invitée, Isabelle Saporta.  Quand je pense que sur cette radio on s’offusque des interviews complaisantes des politiques. Je ne pense pourtant pas qu’il soit possible de faire plus servile et mièvre que ce que j’ai entendu. Et comme le disait si bien Coluche on peut difficilement en rire par ce que « c’est avec notre pognon ». Ce n’est pas demain la veille qu’ils feront de même avec Jean de Kervasdoué et son excellent livre : « La peur au dessus de nos moyens ».

Alors quoi faire quand on est victime de cette saloperie de délinquance journalistique ? Intenter un procès en diffamation pour dénonciation calomnieuse de la supposée mauvaise qualité de mes pommes ? C’est évidemment à étudier.

Emettre une « fatwa » pour inviter tous mes confrères paysans, pour le cas où ils auraient la visite dans leur cour de ferme industrieuse d’Eric Guéret, Alexandre Le Guienne ou d’Isabelle Saporta, à leur offrir une place de choix sur le tas de fumier, dans la fosse à lisier ou sur le tas de fruits pourris, leur milieu naturel. Peut-être.

En fait il me semble que ce type de manipulation médiatique nous invite plutôt à organiser la résistance à partir d’internet. C’est semble t-il comme ça que les sans voix de ce monde se révoltent ces temps ci. Ça doit marcher aussi pour tous les insultés de la terre que nous sommes. Par blog, Facebook, twitter, nous devons organiser un réseau réactif pour dénoncer cette mafia médiatique qui assassine froidement. Paysans de tous les pays, unissez vous sur le net!

Qu’en pensez-vous mes chers lecteurs ?

Commentez sans réserve si vous adhérez au projet. Et comme toujours sur ce blog, commentez tous, surtout si vous n’êtes pas d’accord, comme on dit sur Causeur.

Pour ceux qui souhaitent entrer directement en relation avec Isabelle Saporta pour lui demander une dédicace de son livre ou autre chose, je vous communique le numéro de portable qu’elle m’avait laissé : 00 00 00 00 00 et son adresse e-mail : …………..

J’ai retiré les coordonnées d’Isabelle à sa demande après une long échange téléphonique ce soir 20 février vers 21h.

En revanche vous pouvez appeler Alexandre Le Guienne au 00 00 00 00 00 (NDLR : retiré par nos soins), pour le cas où vous auriez besoin d’un reportage bidonné sur un thème de votre choix. Il excelle dans l’exercice comme vous pouvez vous en rendre compte. Il ne doit pas être très cher vu ce qu’il accepte de faire.

Vous pouvez bien sûr voir l’émission dont je vous parle à cette adresse en cliquant sur ce lien.

 

NB: En fait, la question essentielle qui se pose, quand on regarde ce documentaire et que l’on écoute les commentaires des invités tels que David Servan Schreiber, est la suivante. Les réglementations en vigueur en France et en Europe, respectées par les agriculteurs, sont-elles dangereuses pour la santé ? Si oui, il incombe aux politiques d’en définir de nouvelles. Et pourquoi pas d’interdire tous les produits chimiques pour l’agriculture puisque David Servan Schreiber assène fermement que l’on peut très bien nourrir les 9 milliards d’individus à venir avec l’agriculture biologique et qu’elle lui semble de nature à nous faire vivre en bonne santé et plus longtemps. Les paysans sont électoralement infiniment minoritaires et ne pourraient pas s’y opposer. Si de plus on leur garantissait de ne pas subir la concurrence de productions étrangères qui utiliseraient encore les moyens de protections phytosanitaires qui leur seraient refusés, je pense qu’ils y auraient vraiment tout intérêt. Puisque l’on passerait instantanément dans un contexte de manque important de production et que les prix s’envoleraient. Ce serait un vrai plaisir d’avoir de très petites récoltes pas très jolies qui vaudraient un prix d’or. En revanche, il ne ferait sans doute pas bon vivre dans les villes aseptisées et parfaitement artificielles dans ce nouveau contexte.

La conclusion du documentaire est en ce sens très juste. Le pouvoir du changement appartient au consommateur…et à l’électeur. Alors de grâce cessons en attendant de dénoncer une agriculture qui s’exerce avec des moyens autorisés par l’Etat, dans un cadre parfaitement légal et sous la responsabilité des autorités sanitaires du pays.

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