Hulot et YAB dans le viseur des députés

Novethic vient de publier un excellent article, signé Véronique Smée, consacré au rapport sur les modes de financement et de gouvernance des associations de protection de la nature et de l’environnement présenté par Jean-Marc Sermier (député UMP du Jura) et Geneviève Gaillard (députée socialiste des Deux-Sèvres). La partie consacrée aux fondations est particulièrement intéressante, en particulier en ce qui concerne la Fondation Nicolas Hulot et son conseil d’administration (EDF, L’Oréal, TF1) et la Fondation GoodPlanet de Yann Arthus-Bertrand et son business du carbone au Qatar et ailleurs. Nous reviendrons prochainement plus en détail sur ce rapport d’information parlementaire.

Le rapport en question est en ligne, ici.

 

« FNH et Goodplanet montrées du doigt

Concernant les fondations en revanche, les parlementaires avouent avoir découvert des « situations étonnantes ». « Nous n’avons rien vu d’illégal, certes, mais certaines pratiques nous inquiètent », expliquent-ils. En cause, sur les 21 fondations dédiées à la protection de l’environnement, les deux fondations –très médiatiques- de Nicolas Hulot et de Yann Arthus Bertrand. Au sujet de la FNH, c’est la composition du conseil d’administration qui interpelle les députés -trois entreprises y siègent : EDF, L’oréal et TF1. Une pratique qui, en soi, ne les choque pas, mais qui néanmoins les interrogent : « les activités particulières de ces groupes semblent problématiques. Ainsi, EDF est une entreprise de pointe dans le secteur nucléaire. Quant à L’Oréal, elle est classée parmi les groupes de cosmétiques dont les produits font l’objet de test sur les animaux, au grand désarroi des opposants à la vivisection. Dès lors, comment interpréter, par exemple, la position très mesurée de Nicolas Hulot sur l’énergie nucléaire ? Quel poids donner à sa parole sur les activités principales de ses deux administrateurs, dont vos rapporteurs ont appris que l’un d’eux finance la fondation à hauteur de 10 % de ses ressources ? » Et les parlementaires de mettre en garde contre la transformation de partenaires financiers en « codécideurs ». « Dans le pire des cas, que vos rapporteurs ne souhaitent pas imaginer, la parole de la fondation se trouve pilotée par ses administrateurs intéressés sur les sujets sensibles, » préviennent-ils.

Dans le cas de GoodPlanet, ce sont les prises de position de son président, Yann Arthus-Bertrand, qui ont conduit les députés à se pencher sur les activités de la fondation qui par ailleurs assure le programme de compensation Action carbone. YAB s’est en effet prononcé pour l’attribution au Qatar de la coupe du monde de football en 2022. Plusieurs députés se sont « émus » de cette décision, au coût environnemental, énergétique et climatique très élevé. Pour répondre à ces critiques, Yann Arthus-Bertrand a fait savoir par courrier que « l’événement serait neutre en carbone, qu’il permettrait de faire apparaître les préoccupations écologiques dans une partie du monde pour l’heure peu consciente des risques du réchauffement climatique, et son espérance de voir le calendrier de l’épreuve déplacé de l’été à l’hiver ». Problème : les députés précisent que le Qatar a financé la traduction en arabe de son film Home. Si sur son site Goodplanet.org Yann Arthus-Bertrand insiste sur le fait qu’il a « bénéficié de la fondation du Qatar et d’Al Jazeera » pour la traduction de Home mais « n’a pas touché un sou » pour avoir exprimé son soutien dans la vidéo de promotion de la candidature de Qatar ». Les auteurs du rapport s’interrogent tout de même : « Est-ce une bonne politique ? ».

Au final, Jean-Marie Sermier et Geneviève Gaillard n’hésitent pas à se déclarer « circonspects sur le poids médiatique acquis par les fondations qui ne représentent souvent qu’une dizaine de personnes et leurs amis ». En matière d’organisation interne et de gouvernance, ils mettent également en garde ONG et fondations sur la composition de leurs conseils d’administration. Ils constatent en effet une « similitude » entre les associations et le monde des affaires, concernant les « participations croisées » : ainsi la fondation Goodplanet accueille dans son conseil d’administration Serge Orru, directeur général du WWF, tandis que yann Arthus-Bertrand est administrateur des Amis du WWF, association qui fédère les sympathisants de la fondation WWF France et qui gère ses contentieux. Or, le « contrôle réciproque n’a pas que des vertus », rappellent-ils. »

 

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