Catastrophisme écologique : trop c’est trop !

Depuis quelques années, on parle de plus en plus de « green fatigue », une expression made in USA pour qualifier les personnes plus réticentes à adopter un comportement écologique durable. Comme l’explique le populaire magazine belge Télémoustique, « après dix années très « anxiogènes », apparaît une lassitude verte qui nous rendrait moins enclins à adopter des comportements durables ». Si la green fatigue a fait d’abord son apparition outre-Atlantique, elle commence aussi à être perceptible en Europe. Ainsi, en 2008, le Bureau central de statistique des Pays-Bas (CBS) conclut une enquête en indiquant que le comportement écologique des Hollandais est en déclin : le verre est moins souvent jeté dans les poubelles prévues à cet effet et le tri des déchets de fruits et légumes semble diminuer. En janvier 2010, une enquête réalisée par l’IFOP mettait en avant une saturation des Français par rapport aux sujets environnementaux, et cela même si leurs connaissances en la matière s’améliorent. Notons que cette green fatigue peut prendre deux formes. Elle peut d’une part apparaître comme un découragement chez les écolopratiquants, mais d’autre part comme une réaction d’exaspération chez les autres. Télémoustique donne l’exemple de Michèle, une quadra bruxelloise, qui confie : « Parfois, je jette une boîte de conserve dans la poubelle non triée. C’est mon côté rebelle. Je les emmerde tous avec leur intégrisme écolo ! » En juin 2010, dans Psychologies, Yann Arthus-Bertrand ne niait pas l’existence de cette green fatigue qu’il espère toutefois passagère. Son explication ? « Nous nous y sommes probablement mal pris. Nos messages ont culpabilisé les gens plutôt que de les responsabiliser », affirme le président de GoodPlanet. Et il ajoute : « J’ai subi beaucoup d’attaques – « écotartuffe », « hélicologiste »… – , notamment de la part du journal La Décroissance, qui me soupçonne de faire tout ce que je fais seulement pour m’enrichir. En termes de pédagogie, cela pose question. Il y a quelque chose qui passe mal dans le fait de faire des photos en hélico quand on répète qu’il faut rouler moins et arrêter de prendre l’avion. » Wouah, quelle perspicacité !

Mais outre cette green fatigue, le catastrophisme écologique peut engendrer des problèmes plus sérieux, comme l’éco-anxiété. L’émission GlobalMag, sur Arte, avait déjà diffusé en mai 2009 un reportage sur ce mal. Ainsi, les écolo-anxieux fouillent les poubelles dans la rue pour vérifier qu’elles ont été triées, ils harcèlent leur conjoint sur leur empreinte carbone ou encore ils s’inquiètent de la disparition des ours blancs au point de ne plus dormir. Melissa Pickett, une Américaine qui a sans doute fleuré le bon filon, a décidé de devenir éco-psychologue au Nouveau-Mexique… et son cabinet ne désemplit pas avec 40 à 80 patients chaque mois ! Autre névrose verte apparue depuis peu : l’orthorexie. La personne orthorexique, décrite pour la première fois en 1997 par le Dr Steve Bratman, est en fait obnubilée par le dogme de l’alimentation saine. Pour ne pas consommer de graisses, de produits chimiques, d’additifs ou toute autre substance considérée comme nuisible à la santé, la personne passe des heures à réfléchir à son alimentation, planifie ses menus des jours à l’avance, s’invente des règles alimentaires de plus en plus contraignantes. Patrick Denoux, maître de Conférences en Psychologie Interculturelle à l’Université de Toulouse-Le Mirail, explique que « la réduction du risque par le contrôle accroît la peur du risque. L’appareil législatif et réglementaire inflationniste génère un effet pervers très contre-productif de majoration du danger imaginé. Dès lors, la porte est ouverte à l’orthorexie qui redouble au niveau subjectif les contraintes sociales jugées insuffisantes. L’impact psychologique des mesures réglementaires de maîtrise des risques est d’autant plus fort que le risque, loin d’être probable, n’est que plausible. C’est autour du principe de précaution que vont s’entrechoquer les systèmes de valeurs, du seul fait que le raisonnement du consommateur est essentiellement binaire (risque ou pas risque) et non probabiliste. » Il ajoute : « Face aux effets dévastateurs sur les mentalités des alertes alimentaires et autres veilles sanitaires, l’orthorexique érige le menu quotidien en dogme, pour céder à l’hygiénisme et à la recherche d’une illusion de sécurité. » Il va sans dire que les campagnes des écologistes sur le dangers sanitaires des résidus de pesticides, des OGM, des additifs, etc., ne font qu’« alimenter » ce diététiquement correct et ces obsessions du régime sain.

Reste à savoir maintenant si le Pr Dominique Belpomme et André Cicolella vont ajouter l’éco-anxiété et l’orthorexie à leur longue liste des maladies créées par l’homme…

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