Virage chez Dufumier ?

Interrogé dans le dernier numéro du magazine des Jeunes Agriculteurs, Marc Dufumier, expert du comité de veille écologique à la Fondation Nicolas Hulot, établi un lien entre la perte de biodiversité et la mortalité des abeilles. « Maintenir une grande diversité de cultures dans les assolements en réintégrant des légumineuses, c’est plus d’indépendance énergétique pour la France, c’est moins d’émissions de gaz à effet de serre, c’est plus de biodiversité et on retrouvera les abeilles. »

Si le lien entre alimentation et mortalité des abeilles est aujourd’hui reconnu scientifiquement, il est pourtant minimisé par certaines organisations apicoles sous influence de militants anti-pesticides (Unaf, Terre d’Abeilles…). La déclaration de Marc Dufumier marque-t-elle un virage ?

On peut le penser, d’autant plus que la recherche scientifique apicole internationale vient de trouver une explication au phénomène du CCD ou Syndrome d’Effondrement des Colonies. Yves Miserey fait aujourd’hui l’écho d’une récente publication rendue publique hier :

« Une étude publiée jeudi affirme toutefois que le phénomène pourrait s’expliquer par l’association d’un virus et d’un champignon (Plos One, en ligne). L’équipe est pilotée par Jeremy Bromenschek, un chercheur qui a longtemps travaillé avec l’armée américaine pour apprendre aux abeilles à détecter les explosifs. La démarche est simple. Recenser d’abord les protéines présentes à l’intérieur des corps des abeilles mortes de CCD à l’aide d’un spectromètre de masse. Rechercher ensuite à quels micro-organismes ces éléments appartiennent en utilisant une banque de données de l’armée américaine répertoriant toutes les caractéristiques génétiques d’une énorme quantité de virus, bactéries et champignons. (…) À partir de là, ils se sont intéressés à tous les parasites pathogènes des abeilles, en éliminant tous ceux qui ne se retrouvaient pas dans tous les échantillons. Au bout du compte, ils ont trouvé deux suspects: un virus appartenant à la famille des Iridoviridae et un champignon microscopique unicellulaire Nosema ceranae, déjà montré du doigt par certains chercheurs comme un des principaux pathogènes des colonies en Europe. Après avoir contaminé des abeilles en laboratoire avec ces deux pathogènes, ils ont constaté des taux de mortalité de 100%. »

Bien que très fortement médiatisée depuis des années, la responsabilité des pesticides dans les mortalités d’abeilles n’est pas évidente. Pathologies et virus couplés à une perte de biodiversité ayant pour conséquence une diminution de la ressource alimentaire pour les abeilles est donc une hypothèse qui semble se confirmer au fil de l’avancée de la recherche scientifique internationale. En France, certains préfèrent continuer à privilégier la piste des pesticides pourtant sérieusement mise à mal. Interrogé par Yves Miserey sur les conclusions de l’étude américaine, Yves Le Conte, chercheur à l’Inra reste figé sur ses positions non étayées :

«Pourquoi pas, admet Yves Le Conte, de l’Inra. C’est peut-être un pas en avant pour le CCD, mais ça n’explique pas tout. D’une part, cette pathologie n’est à l’origine que d’un tiers des mortalités constatées chez les abeilles américaines. D’autre part, on ne sait pas pourquoi les abeilles ont attrapé ces deux parasites. C’est peut-être un pesticide qui a déclenché une baisse d’immunité…»

Avec des « peut-être », on est pas sorti de l’auberge…

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  • Laurent Berthod a dit :

    Dufumier a dit : « Maintenir une grande diversité de cultures dans les assolements en réintégrant des légumineuses (…) c’est plus de biodiversité et on retrouvera les abeilles. »

    Je me souviens très bien qu’après l’embargo américain de 1973 sur les tourteaux de soja, la France avait lancé un plan « protéines », visant à encourager le développement de la culture de légumineuses et de protéagineux de façon à assurer une plus grande autonomie nationale du secteur de l’alimentation animale. Cela n’a pas eu beaucoup de résultats car les situations où la culture de protéagineux et de légumineuses est compétitive avec le soja importé sont plutôt rares. Alors, combien les apiculteurs sont-ils prêts à payer leurs voisins agriculteurs pour qu’ils cultivent de la luzerne ?

      

  • ME51 a dit :

    Pour éviter la prolifération de champignons dans les rûchers,il est établi qu’une rûche doit être installée à au moins 26 cm du sol et sur un sol drainant.
    Ainsi un apiculteur marnais de la région d’Epernay,avais remis « d’aplomb » toutes ces rûches,plus de 300,sur un sol drainant et sec en ramenant une grosse couche de grève.
    L’hiver dernier,cet apiculteur n’a perdu que 3 rûches!!

    Ce n’est pas les seules légumineuses qui rapporteront de la biodiversité « alimentaire » et du pollen pour les abeilles.
    Les surfaces de Luzerne diminuent d’année en année.C’est pour la plupart des exploitations agricoles la culture la moins rentable et les pois protéagineux,a peut près dans le même ordre idée,n’ont jamais attiré d’abeilles.
    Marc Dufumier n’y connait rien du tout,beaucoup de chercheurs de l’Inra ont travaillé durant leur carrière avec des oeillères,les Jeunes Agriculteurs ont été mal conseillé pour intérrogé ce Monsieur.

      

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