Bruno Lemaire : le risque de la com’

Ces deniers temps, Bruno Lemaire fait preuve d’une communication ultramaîtrisée. Zoom sur trois de ses interventions récentes. Dans une interview au journal Les Echos (29/06/2010), le Ministre parle économie agricole. Normal, on est avec les Echos. Le même jour, il envoie un communiqué de presse suite à la diffusion de l’émission « pièces à conviction » du 28 juin 2010 diffusée par France 3. Il recadre assez bien cette émission véritable brulot caricatural.  « Les intoxications alimentaires en France sont parmi les moins nombreuses en Europe, et sont aujourd’hui trente fois moins fréquentes qu’aux Etats-Unis » rappelle le Ministre. Une façon de dire que France 3 joue les marchands de peur. Peu de reprises de ce communiqué, mais une façon de montrer au monde agricole qu’il reste le Ministre. Enfin, le 1er juillet, il donne une interview dans le Nouvel Observateur avec Marc Dufumier que nos lecteurs connaissent bien pour ses positions très, très écolos. Normal, on est avec le Nouvel Obs dont le lectorat de cadres supérieurs est sensible aux thèses écolos-bobos (osons le dire !).  Outre un intérêt d’image évident, s’afficher avec Marc Dufumier est un signe envoyé à Jean-Louis Borloo qui  est un proche du sieur Dufumier. Julien Steimer, directeur de cabinet de Bruno Lemaire, contrôle donc bien la com’. Mais attention. A force de s’adapter à sa cible et à son lectorat, on perd en lisibilité.  Il  faut maintenant que Bruno Lemaire nous explique comment il compte « réduire l’usage des substances d’ici à 2018 »  comme il le dit dans le Nouvel Obs, qu’il précise qu’au delà des 2% de surface bio en France, il reste 98%  de non bio (il aurait pu le rappeler) et qu’il faut s’en occuper et qu’il sorte des imprécations du type : « il faut donc trouver des solutions alternatives » aux pesticides (toujours le Nouvel Obs). Sur ce sujet, nous sommes tous d’accord. Il faut juste savoir à quelles solutions alternatives il pense !!!  Yaka, faucon ! Il pourrait également reprendre gentiment Marc Dufumier, doux rêveur : « il faut pratiquer un bio intensif, mais intensif en travail, de façon à créer de l’emploi ». On applaudit des deux mains devant tant de naïveté. Car la main d’oeuvre est bien une des raisons majeures du coût prohibitif du bio. Je passe également sur les conditions de travail très difficiles du bio :  qui se baissera pour trier les mauvaises herbes présentes dans les barquettes de mâches par exemple ? A oui, c’est vrai, on est avec le Nouvel Obs : le lectorat peut se payer des produits bio 70% plus chers que d’habitude. Quant aux conditions de travail, il n’y pense pas. c’est si loin des tours de la Défense…

Bref, le message du Ministre se brouille. A force de faire de la com’, on risque d’oublier de faire de la Politique. Il faudrait peut-être le rappeler à Julien Steimer.

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