Bibliothèque verte : Illich et « La Convivialité »

Nous vous proposons aujourd’hui de découvrir un nouvel ouvrage qui vient compléter notre bibliothèque verte virtuelle. A l’heure des grosses chaleurs et des premières vacances, profitez-en pour (re)découvrir les origines de la pensée écologiste.

La convivialité, Ivan Illich, Seuil, 1973.

Ivan Illich, prêtre autrichien « en congé » de l’Eglise, propose un changement profond de la société, allant bien au-delà des questions de la protection environnementale. Il est en cela fortement influencé par le livre de Jacques Ellul, La technique ou l’enjeu du siècle, qu’il a découvert en 1964 à l’initiative de l’écrivain Aldous Huxley.

Dans cet ouvrage, Ivan Illich propose une critique radicale de la société industrielle. Il s’inquiète non seulement de la croissance des biens mais aussi à celle des services : « (…) les limites assignables à la croissance doivent concerner les biens et les services produits industriellement. » Dans sa ligne de mire, il y a notamment tous les services publics comme l’école, les transports ou la santé. Pour lui, « les hommes ont la capacité innée de soigner, de réconforter, de se déplacer, d’acquérir du savoir, de construire leurs maisons et d’enterrer leurs morts. » Autrement dit, l’Etat et les professionnels ont monopolisé bon nombre de tâches qui pourraient être accomplies par les individus. Par exemple, Illich considère que « certains outils sont toujours destructeurs, quelles que soient les mains qui les détiennent, que ce soient la Mafia, les capitalistes, une firme multinationale, l’Etat ou même un collectif de travailleurs. Il en est ainsi par exemple pour (…) l’école. » Il explique en effet que « trois ans d’école ont de pires effets que l’absence de scolarisation : ils font de l’enfant qui abandonne un raté ». Alors que faire ? Illich affirme que « les dirigeants d’aujourd’hui forment une nouvelle classe d’hommes (…). Ce sont eux qu’il faut liquider ». Se voulant rassurant, il précise : « Mais il ne servirait à rien de les massacrer (…). Il n’y a qu’une façon de liquider les dirigeants, c’est de briser la machinerie qui les rend nécessaire. » Exemple : « Le professeur n’a pas de place dans une société sans école. »

En proposant de « liquider » de la sorte les professeurs, les médecins, les PDG, etc., il appelle à « reconstruire la société de fond en comble » et à établir une société conviviale post-industrielle pour remplacer la société industrielle. Il définit la société conviviale comme une société « où l’homme contrôle l’outil ». Et l’outil est convivial « dans la mesure où chacun peut l’utiliser, sans difficulté, aussi souvent ou aussi rarement qu’il le désire, à des fins qu’il détermine lui-même. » Ainsi, pour le Mexique, il estime qu’à la place d’un système autoroutier, « un système de vélos et de charrettes, motorisés au besoin, aurait constitué, pour 99% de la population, une solution techniquement plus efficace ». Il aborde également la crise écologique que l’on résoudra, selon lui, avec « une limitation de la procréation, de la consommation et du gaspillage ». Concernant plus spécifiquement le « surpeuplement », il préconise que le contrôle des naissances soit réalisé de façon « conviviale », c’est-à-dire sans recourir aux médecins pour effectuer stérilisations ou avortements : les intéressés doivent en effet prendre « conscience que cette opération délicate peut être aussi bien, sinon mieux, menée par un profane ». Il se félicite aussi de voir que « les forces qui tendent à limiter la production sont déjà en travail à l’intérieur du corps social » et que « la formation d’une élite organisée, chantant l’orthodoxie de l’anticroissance, est concevable ». Elle devrait permettre l’éclosion de la société conviviale dans laquelle « l’homme retrouvera la joie de la sobriété et de l’austérité ». Il avertit néanmoins que la transition risque d’être douloureuse : « Le passage à une société conviviale s’accompagnera d’extrêmes souffrances : famine chez les uns, panique chez les autres. Cette transition, seuls ont le droit de la souhaiter ceux qui savent que l’organisation industrielle dominante est en train de produire des souffrances encore pires sous prétexte de les soulager. Pour être possible, la survie dans l’équité exige des sacrifices et postule un choix. Elle exige un renoncement général à la surpopulation, à la surabondance et au surpouvoir. »

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Commentaires
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