« L’homme re-naturé »

En réponse à de nombreuses demandes, voici un nouvel ouvrage qui complète notre bibliothèque verte virtuelle. Une idée de lecture pour mieux comprendre les fondements de la pensée verte en cette période de vacances scolaires.

L’homme re-naturé, vers la société écologique, Jean-Marie Pelt, 1977.

Professeur de botanique et de physiologie végétale à l’université de Metz, il fonde en 1971 l’Institut européen d’écologie à Metz et est cofondateur en 1999 du CRIIGEN. Auteur de nombreux ouvrages sur l’écologie et sur les plantes, il est devenue une figure populaire en France, notamment grâce à ses émissions télévisées comme L’aventure des plantes et ses chroniques dans plusieurs médias nationaux. L’homme re-naturé constitue son premier manifeste écologiste.

Dans cet ouvrage, Jean-Marie Pelt s’efforce d’expliquer que nous sommes à « la fin d’un monde », celui de la société de consommation, et que la crise écologique doit nous amener à de nouveaux équilibres. Il déplore « la perte de contact avec la nature et les milieux de vie traditionnels, la rupture brutale avec le passé, le rejet des traditions séculaires (…) », qui « laissent l’homme moderne inquiet et déraciné ». Tout en critiquant la course au gigantisme, le niveau de vie érigé en « but de la vie » et le progrès économique en « grande idole des temps modernes », l’auteur tente d’adopter un discours modéré. Il explique ainsi que « la pollution est bien antérieure à l’homme », précisant avec plusieurs exemples de botanique que « la chimie est une arme défensive, et parfois offensive, fort utilisée dans les rapports entre être vivants ». Il s’inquiète de groupes écologistes radicaux « où l’amour de la nature et le spectacle de sa dégradation entraînent une étrange aversion contre l’humanité ». Il se demande si « à refuser en bloc la société contemporaine, ne risque-t-on pas de jeter le bébé avec l’eau du bain ? » Il rappelle d’ailleurs qu’il « n’est nullement prouvé que les modèles du passé aient été plus satisfaisants que les nôtres. (…) N’oublions pas (…) que les société traditionnelles que nous valorisons tant (…) ont aussi leurs contraintes : la force des inhibitions et la puissance des tabous y créent des aliénations dont ne rend pas compte le mythe du « bon sauvage » ». Enfin, il regrette que « l’écologie se complait parfois dans le prophétisme de malheur, et (…) que ses affirmations péremptoires manquent de fondements rigoureux ». Et comme « les sanctions ne viendront qu’à très long terme (…), on peut annoncer les pires catastrophes sans jamais risquer un démenti ». Toutefois, il considère que « les prophètes de malheur ne sont pas inutiles », car ils accélèrent « la prise de conscience de l’opinion publique ».

Au milieu de ces réflexions modérées surgissent ça et là des propos bien plus radicaux, voire tendant vers un conservatisme réactionnaire. Ainsi, le botaniste écologiste estime que « l’histoire est injuste pour Malthus », qualifié « d’authentique précurseur ». Il écrit plus loin : « La terre bourgeonne, boutonne, pustule, exfolie, desquame, pèle, se dessèche. L’oasis de l’univers, notre planète, héberge sur sa peau une nouvelle galle : l’homo faber. » Il n’hésite pas non plus à comparer la croissance économique au cancer : « Il paraît chaque jour plus évident que la croissance économique ne se poursuit qu’au prix d’une décroissance écologique, tout comme une tumeur cancéreuse ne s’alimente qu’au détriment de l’organisme qu’elle épuise. » Il s’alarme aussi du « brassage des groupes sociaux, des races, des ethnies », notamment par « le tourisme, l’immigration, les voyages ». Jean-Marie Pelt affirme que ce brassage conduit à deux phénomènes aux conséquences problématiques. Le premier phénomène est « l’adaptation par « mithridatisation » », c’est-à-dire l’insensibilité acquise par l’ingestion de doses croissantes d’un toxique. Cette évolution, qu’il qualifie de « somme toute heureuse », peut selon lui avoir un prix : « Un abâtardissement général des mœurs et des cultures, une sorte d’uniformisation et de nivellement par le bas, une perte d’identité et de personnalité, enfin un laxisme culturel et moral (…). » Le deuxième phénomène est qualifié par Jean-Marie Pelt de « sensibilisation allergisante », « par production d’anticorps à l’égard d’autrui » : « On l’observe aux USA où la confrontation raciale est particulièrement vive en raison de l’intense brassage des populations et des forts apports exogènes. En Europe, des importations massives de main-d’œuvre étrangère ont provoqué des réactions du même ordre (…). » Empruntant les chemins du darwinisme social, Pelt hume même un « parfum de décadence » dans notre société : « Faute d’avoir à lutter contre un environnement hostile pour survivre, la race s’amollit. On décèle une certaine dévirilisation des mâles, et l’on pense à ces cultures bactériennes qui dégénèrent sur des milieux trop riches. »

Au-delà de ces réflexions quelques fois contradictoires, Pelt dresse un constat accablant sur la société industrielle – pollution, croissance des cancers, déchets, etc. –, partageant l’analyse du Club de Rome sur l’épuisement des ressources. Néanmoins, il ne partage pas le pessimisme du Club de Rome. S’inspirant des thèses cybernétiques d’Ilya Prigogine, il estime que la crise est « un facteur d’évolution. Elle peut être aussi (…) l’occasion d’une nouvelle avancée ». Il propose alors d’inventer une « nouvelle croissance », avec davantage d’énergies nouvelles et moins de gaspillages, « recréer enfin des structures à dimension humaine », et mettre en place, dans une approche malthusienne, des « grands processus de régulation » afin d’éviter que celle-ci ne se fasse « avec la brutalité coutumière de la nature ». Cette nouvelle société, postindustrielle et conviviale, doit aussi, selon Pelt, s’enraciner dans le territoire : « Le dépassement du nationalisme n’exige pas seulement la « dévaluation » des frontières nationales : il suppose aussi l’enracinement régional. (…) La région est le cadre naturel et séculaire du terroir, riche de son passé, de ses valeurs, de ses traditions. » Pour conclure, il n’oublie pas la dimension spirituelle qui « sera la pierre angulaire des sociétés postindustrielles – de ce que nous appelons encore la « révolution culturelle » ».

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Commentaires
  1. andqui
  2. douar
  3. pecqror
  4. gigiotef