Le Criigen mis en cause

La fuite organisée par les anti-OGM sur les éventuels projets de la Commission Européenne continue de faire du bruit. Devant la médiatisation de ses propos attribués, José-Manuel Barroso a été contraint de mettre les points sur les « i » par la voix de son porte parole qui a déclaré en début de semaine que « M. Barroso n’a aucune intention d’imposer la culture des OGM ».

Cette polémique a poussé Le Monde à revenir sur le sujet et à faire le point sur la situation en France. Selon Stéphane Foucart, « en France, il [NDLR : le débat scientifique sur l’innocuité des plantes transgéniques] vient de rebondir avec la publication, en janvier, d’un avis du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) qui renvoi dos à dos opposants et promoteurs des OGM ».

Pour être plus précis, outre Monsanto, c’est le Criigen qui est mis en cause par cet avis relayé dans le grand quotidien du soir : « cet avis critique sévèrement les travaux menés par une ONG, le Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique. »

Selon Marc Lavielle, statisticien à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) et membre du HCB, « le problème n’est pas dans l’analyse statistique des données elles-mêmes mais dans l’interprétation des résultats. Lorsqu’on relève un grand nombre de paramètres biologiques -en viron 500 dans le cas du MON810 – il est normal que des différences apparaissent, toute la question étant de savoir si ces différences sont dues au hasard ou à l’OGM. Lorsque ces différences excèdent un certain seuil, on parle de différences « statistiquement significatives », sans pour autant statuer sur le fait qu’elles son, ou non, « biologiquement significatives » ». Même réaction pour Hervé Monod, statisticien à l’INRA, « qui n’a pas participé au travail du HCB mais se dit « sur la même ligne que l’avis rendu » ».

Voilà qui met du plomb dans l’aile du Criigen. Mais Stéphane Foucart du Monde va plus loin. « Ce n’est pas tout. Outrepassant quelque peu le cadre de sa saisine, le HCB ajoute à la fin de son avis un nota bene assassin. Le conseil attire en effet l’attention sur l’intégrité du Criigen dans sa communication. Le HCB relève ainsi qu’une étude autrichienne ne novembre 2008 « prétendant démontrer des effets négatifs du MON 810 sur la reproduction » des souris était toujours affichée, début janvier, sur le site Internet public du Criigen. Or « ces résultats ont été reconnus comme erronés par les auteurs de l’étude eux-mêmes », précise le HCB« .

Gilles Eric Séralini, président du comité scientifique du Criigen assume son action malgré la mise en cause par le HCB. Selon Le Monde, Séralini « réfute en bloc l’avis du HCB et fait valoir que les travaux du Criigen « ont été analysés et publiés par un des meilleurs journaux de sciences biologiques, ce qui n’est pas le cas de l’avis du HCB » ».

Précisons enfin que la présentation de l’étude autrichienne est toujours en ligne sur le site du Criigen qui a néanmoins ajouté un commentaire : « cette étude a été fortement controversée, notamment pour certaines erreurs de calcul, et les auteurs sont revenus sur une partie de leurs résultats. Il devient donc difficile de démêler véracité et pertinence dans les détails de ce type d’étude qui reste originale et unique. »

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