« Small is beautiful »

Notre bibliothèque verte virtuelle s’enrichit d’un nouvel ouvrage à l’heure des débats sur la (dé)croissance…

Small is beautiful, une société à la mesure de l’homme, Ernst-Friedrich Schumacher, 1973.

Ecrit par l’économiste britannique Ernst-Friedrich Schumacher, Small is beautiful a été traduit dans plus de 100 langues et The Times Literary Supplement l’a listé parmi les 100 livres les plus influents publiés depuis la Deuxième Guerre mondiale. Cet ouvrage a été accepté de façon unanime par les mouvements écologistes naissants des années 70 et a constitué également une source d’inspiration pour le mouvement communautaire de l’époque.

Cet ouvrage est avant tout une remise en cause du système économique occidental. Il reproche à l’homme moderne de gaspiller « le capital que représente la nature vivante » et de ne pas se concevoir « comme partie intégrante de la nature mais comme une force extérieure, destinée à dominer et conquérir celle-ci ». Ernst-Friedrich Schumacher critique évidemment la croissance économique, devenue une « obsession » de notre société, tout en soulignant, avec pour base les chiffres de Halte à la croissance ? du Club de Rome, qu’une « croissance infinie est assurément incompatible avec un environnement limité ». L’originalité de l’auteur est de soulever la question de la taille : « Nous sommes aujourd’hui victimes d’une idolâtrie quasi universelle du gigantisme. Il est donc nécessaire d’insister sur les vertus de la petitesse, quand il y a lieu. » Ainsi, il considère qu’une ville ne devrait pas dépasser 500.000 habitants. De même, il regrette qu’« un système de transports et de communication très perfectionné » a comme effet « de couper les hommes de leurs attaches, de les transformer en errants ». Selon lui, « tout, dans ce monde, doit avoir une structure ; autrement c’est le chaos. Avant l’avènement des transports et des communications de masse, il existait une structure de fait, car les gens restaient relativement sur place. » Il justifie aussi les petites structures en raison des rapports entre personnes : « Nous avons besoin (…) de petites unités, car l’action est une aventure éminemment personnelle, et l’on ne saurait être en relation, à tout moment, qu’avec un nombre très restreint de personnes. (…) S’il est vrai que tous les hommes sont frères, il n’en est pas moins vrai que, dans nos rapports personnels, nous ne pouvons vraiment fraterniser qu’avec quelques-uns seulement, à l’égard desquels nous sommes appelés à témoigner plus d’amour fraternel que nous le pourrions faire envers toute l’humanité ». A l’aune de ces considérations, Schumacher passe en revue la question de l’agriculture, de l’éducation, des ressources industrielles et du nucléaire.

Toutefois, l’auteur ne se contente pas de critiquer la société occidentale moderne. Il promeut « un nouveau style de vie, avec de nouvelles méthodes de production et de nouvelles habitudes de consommation : un style de vie conçu pour durer en permanence. » Pour cela, il prévoit la nécessité d’un « grand changement philosophique, pour ne pas dire religieux ». D’ailleurs, il estime que « le Sermon sur la Montagne nous donne des instructions assez précises sur la marche à suivre susceptible de mener à une Economie de Survie », ajoutant : « Il peut paraître osé d’associer ces Béatitudes à des questions de technologie et d’économie. Mais nos ennuis ne viennent-ils pas précisément de ce que nous avons négligé pendant si longtemps de faire ce rapprochement ? » Dans ce même esprit, il poursuit : « Le retour à la simplicité demande un certain don de pénétration véritable. (…) Toute activité qui ne respecte pas ce principe d’autolimitation est diabolique. » Plus concrètement, Schumacher défend une technologie à visage humain, intermédiaire entre « la technologie sophistiquée » et « la technologie indigène ». Il prend notamment l’exemple de la Birmanie : « Pour un pays tel que la Birmanie, qui se trouve au bas bout de la table commune du progrès industriel, vous constatez que les gens disposent d’énormément de loisirs pour se divertir réellement. Certes, comme ils bénéficient de l’aide de beaucoup moins de machines destinées à économiser leur travail, ils « accomplissent » beaucoup moins de choses que nous. (…) Il reste que le poids de l’existence pèse beaucoup moins sur leurs épaules que sur les nôtres. » Enfin, bien conscient de la perte de productivité avec ses technologies « intermédiaires », il suggère d’augmenter la part du temps de la population consacrée véritablement à la production. Selon ses calculs, la population totale d’une société moderne, du nourrisson jusqu’au vieillard, consacre seulement 3,5% de son temps à des activités directement productives, le reste étant dévolu à dormir, manger, se divertir, ou à d’autres activités non productives. Il propose alors de l’augmenter à 20%, en impliquant les enfants et les personnes âgées, « de sorte que 20% du temps social global soient employés à produire véritablement, avec le concours de mains, de cerveaux et, bien entendu, d’excellents outils. (…) Même les enfants pourraient se rendre utiles, et les personnes âgées aussi. A un taux de productivité six fois moindre, nous pourrions produire autant que maintenant. » Et d’ajouter : « Qu’on songe à la valeur thérapeutique du travail, qu’on songe à sa valeur éducative. Personne ne voudrait alors élever l’âge de la scolarité obligatoire ou abaisser l’âge de la retraite, de façon à tenir les gens à l’écart du marché du travail. Chacun serait le bienvenu pour prêter main forte ».

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Commentaires
  1. Laurent
  2. miniTAX
  3. AGANZE CIBEMBE JUSTE
  4. tybert
  5. zygomar