Le fanatisme antipesticides de Jean-Paul Jaud

Fin octobre, Nos enfants nous accuseront, le film de propagande anti-pesticides et pro-bio de Jean-Paul Jaud, sort en DVD. A cette occasion, Alerte Environnement compte apporter quelques éléments de réflexion sur ce qui est devenu un document de référence des mouvements écologistes. D’autant plus que l’on aura droit à un deuxième opus dans le même registre fin 2010 !

Caricature, omissions, fausses affirmations, confusions, manichéisme, tout cela s’applique au film de Jean-Paul Jaud. C’est assez compréhensible pour trois raisons. La première est qu’il est totalement néophyte sur les questions écologiques et agricoles. Ce n’est pas du tout son domaine de prédilection, puisqu’il a été réalisateur de matchs de football pour Canal+ et de documentaires sur le terroir. Cela n’aurait pas été bien grave s’il n’y avait pas eu la deuxième raison, à savoir : les seuls « spécialistes » auxquels il a bien voulu s’adresser étaient tous des militants de la cause écologiste. Pourtant, il aurait été facile à J-P Jaud de s’adresser à des personnalités plus neutres. Enfin, il y a une troisième raison, et sans doute la plus décisive. Dans pratiquement chaque interview, Jean-Paul Jaud a expliqué qu’il a été amené à faire ce film parce qu’il avait eu un cancer du côlon et qu’il était convaincu que c’était en raison de la présence de pesticides dans son alimentation. Certes, en disant cela, il cherchait certainement à susciter l’empathie. Et il a bien réussi ! Mais, comme l’a souligné une journaliste de Télérama : « Est-ce sa trop grande proximité avec le sujet qui le pousse à confondre militantisme et propagande ? Toujours est-il que Nos enfants nous accuseront échoue à trouver le ton juste. Sentencieux et alarmiste, le film navigue entre discours officiels, rapports d’experts et reportage complaisant. » Il se comporte en effet comme la victime d’un crime réclamant la guillotine pour l’accusé, et ne se demandant pas un seul instant, aveuglé par la haine, si il n’est pas en train de se tromper et commettre une erreur judiciaire. C’est cette haine de Jean-Paul Jaud pour les pesticides, considérés comme coupables de son cancer, qui l’a déterminé à se convertir aveuglément au bio et à l’écologisme.

Comme tout fanatisme, celui de Jean-Paul Jaud concernant les pesticides l’amène, lors de ses multiples interviews, à avoir des propos outranciers sur le sujet. Ainsi, le 10 novembre 2008, pendant l’émission de BFM « Les Grands Débats », Jean-Paul Jaud a ironisé sur le fait que « grâce aux produits de M. Bocquet (responsable de l’Union des industriels de la protection des plantes), il n’y a que 300.000 nouveaux cas de cancers et 150.000 morts par an », un amalgame pour le moins excessif ! A cette même occasion, il a aussi affirmé que « tous les agriculteurs conventionnels sont malades ». Bref, l’hécatombe. Le hic, c’est que selon une étude de l’Ined sortie en janvier 2008, les agriculteurs ont, à 35 ans, une espérance de vie de 45 ans, à peine 2 ans de moins que les hommes cadres supérieurs et 4 années de plus que les ouvriers… Enfin, ne craignant pas le ridicule, le 3 mars 2009 sur le plateau de Revu & Corrigé (France 5), Jean-Paul Jaud a expliqué ce qu’il fallait faire : « Vous mangez comme on a mangé pendant 40.000 ans. Il y a eu une dictature du chimique depuis 40 ans, il suffit tout simplement de manger comme a tout le temps mangé l’homme sur la planète. » C’est vrai que l’homme a presque toujours mangé bio… quand il mangeait ! C’est oublier que pendant 40.000 ans d’agriculture bio, ou « naturelle » comme dirait M. Jaud, les famines et disettes étaient très fréquentes : du XVIème siècle au XIXème siècle, une famine générale tous les 6 à 10 ans et des famines locales presque chaque année ! Mais au moins, ils mourraient « naturellement », non empoisonnés par d’horribles molécules chimiques de synthèse…

Nos enfants nous accuseront passé au crible

1. Première scène, premier gros mensonge !

On voit, sur une place à Barjac, deux enfants apporter des brioches au maire du village, Edouard Chaulet. Les enfants affirment qu’il s’agit de brioches « bio ». Edouard Chaulet leur demande alors : « Et ça veut dire quoi “bio” ? » L’un des enfants répond alors : « Pas traité ! » A quoi réplique le maire de Barjac : « Pas traité, bravo ! » Mais non, MM. Chaulet et Jaud, pas bravo du tout. Je dirais même zéro pointé, car les agriculteurs bio en effet traitent leurs récoltes avec des pesticides, mais non issus de la chimie de synthèse. Ainsi, l’association pro-bio Intelligence Verte, de Philippe Desbrosses (qui apparaît d’ailleurs dans le film de Jaud), explique sur son site que « le jardinage biologique utilise des pesticides naturels », précisant qu’« on utilisera en insecticide la roténone, le pyrèthre (tous deux issus de plantes) ». Il est ajouté : « Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu’ils ont aussi une action sur l’environnement ; il faut donc les utiliser avec beaucoup de parcimonie. » Sage conseil, puisque la très naturelle roténone a été interdite de commercialisation par la Commission européenne depuis le 10 octobre 2008 et d’utilisation à partir du 10 octobre 2009, en raison de sa forte toxicité ! N’en déplaise à M. Jaud, l’agriculture biologique traite, et quelques fois avec des produits naturels toxiques.

2. Mensonge par omission et fausses affirmations

Un passage du film est entièrement consacré à la mort des sols qui serait causée par l’utilisation des pesticides de synthèse. Un viticulteur bio témoigne : « Les plantes sont devenues malades parce qu’elles poussent sur des sols qui sont morts qu’on a tué avec les produits avec le désherbant, avec l’absence d’humus. » Et un panneau affirme : « 90% des sols cultivés sont alimentés chimiquement. » Sur le « chimiquement », terme utilisé de façon ridicule comme repoussoir, on aurait pu tout aussi bien affirmer que 100% des sols cultivés sont alimentés avec le composé chimique H2O ! Enfin, passons. Ce qui est en revanche plus malhonnête, c’est d’omettre de dire que les agriculteurs bio utilisent, à l’instar des agriculteurs conventionnels, d’importantes quantités de cuivre comme fongicide, dont l’impact peut s’avérer désastreux pour les sols. Thierry Coulon, directeur technique de l’Institut français de la vigne, explique qu’« il existe de nombreux exemples où, dans des sols acides, les quantités de cuivre fongicide accumulées depuis un siècle d’usage empêchent aujourd’hui l’herbe, le blé ou même des arbres fruitiers, de pousser ». Greenpeace Allemagne s’est même emparé du problème : « Ce métal rougeâtre n’est pas biodégradable. Au contraire, il se cumule dans le sol et porte préjudice aux organismes qui y vivent. Il réduit la biodiversité et fait disparaître les animaux utiles tels que les vers de terre. »

Par ailleurs, Jean-Paul Jaud accumule les fausses affirmations factuelles. Par exemple, il attribue à Albert Einstein la citation suivante : « Si l’abeille disparaît, l’humanité en a pour 4 ans. » Or il est facile de trouver des enquêtes minutieuses à ce sujet sur Internet, dans lesquelles il est expliqué qu’on ne trouve aucune trace de cette fausse citation avant son apparition en… 1994, sur un tract de l’Union nationale des apiculteurs de France (UNAF), syndicat avec lequel travaille notamment François Veillerette du MDRGF et la Confédération paysanne. Selon Roni Grosz, conservateur des Archives Albert Einstein Archives (Université hébraïque à Jérusalem), « Einstein n’avait aucune expertise ni aucun intérêt pour l’écologie, l’entomologie, ou les abeilles. » De plus, Roni Grosz « n’arrive même pas à se souvenir d’une seule référence aux abeilles dans les écrits d’Einstein ».

Jean-Paul Jaud prétend aussi que, selon un « Rapport du 3 mai 2007 de la FAO », « cultiver l’ensemble des terres arables du monde selon les préceptes de l’agriculture bio permettrait de nourrir l’humanité. » Le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, avait pourtant rappelé (communiqué de presse du 10/12/2007) que « ce document n’émane pas de la FAO » et quela FAO n’avait jamais prétendu qu’il était possible de nourrir toute la planète grâce à l’agriculture biologique ! Comme l’explique fort bien Gil Rivière-Wekstein d’Agriculture & Environnement, « la confusion provient du fait qu’en mai 2007, l’organisation des Nations-Unies a hébergé une conférence internationale sur l’agriculture biologique, au cours de laquelle 114 textes, publiés dans un document de synthèse à l’en-tête de la FAO et émanant de chercheurs et de militants écologistes, ont été présentés. Le texte d’une page et demie sur la contribution de l’agriculture biologique à la lutte contre la faim, source de la rumeur, n’a d’ailleurs rien de scientifique : il a été rédigé par un militant écologiste, Brian Halweil, du Worldwatch Institute (…). Ce bref document fait principalement référence à une seule étude, rédigée par Catherine Badgley, une chercheuse à l’Université du Michigan. » Bref, il est facile d’utiliser des arguments d’autorité, que l’autorité soit Einstein ou la FAO, encore faut-il que l’autorité ait bien avancé les arguments en question !

3. Manipulation des mots et des chiffres

Les premiers chiffres qui apparaissent dans le film, et qui sont constamment répétés par J-P Jaud lors de ses interviews et conférences, sont les suivants : « En Europe 70% des cancers sont liés à l’environnement dont 30% à la pollution et 40% à l’alimentation. » Ce n’est pas une estimation ou une supposition, mais bien une affirmation. D’où sortent ces chiffres ? D’une étude scientifique ? Pas à notre connaissance. Du professeur Belpomme, c’est fort probable, puisqu’il parle souvent de 70 à 75% de cancers liés à des facteurs environnementaux. Un moment donné dans le film, François Veillerette parle de 50% de cas de cancers liés à des facteurs environnementaux, concluant : « Déjà on sait que l’environnement, au sens large, a un impact important, loin devant le tabac qui est un facteur de risque multiplié par trois, la consommation d’alcool multiplié par deux. »

On aborde là une grosse entourloupe. Quand il est dit que les cancers sont causés majoritairement par l’environnement, dans l’esprit des gens, le terme « environnement » est automatiquement associé à celui de « pollution ». Ainsi, François Veillerette distingue, à tort, « l’environnement au sens large » des facteurs comme le tabac et l’alcool. Et il le sait. Ou devrait le savoir, puisque André Cicolella, son ami et proche collaborateur au sein du Réseau Environnement Santé, écrit dans son livre Alertes Santé : « L’environnement correspond à une acceptation très large du terme, englobant tous les facteurs de risque non génétiques : alimentation, mode de vie, environnement physique, chimique, biologique, psychique, médical… » Vous avez bien lu : tout ce qui n’est pas d’origine génétique. Donc, l’alcool et le tabac sont inclus dans les facteurs environnementaux, comme l’obésité, le stress, les virus, l’exposition au soleil ou dans les cabines UV, etc.

Toutefois, Veillerette ne se contente pas de manipuler les mots, mais aussi les chiffres. Dans le film, il affirme que « l’incidence du cancer a augmenté de 93% en 25 ans chez l’homme ». Le chiffre est impressionnant et provient d’une étude sérieuse de l’INVS. Mais Monsieur Antipesticides n’apporte pas des précisions essentielles apportées par l’INVS. Cette hausse est en fait en grande partie due à l’augmentation de la population et de son vieillissement. Une fois les chiffres rectifiés avec ces deux paramètres, l’augmentation du taux d’incidence chez l’homme n’est plus de 93% mais de 35% ! Ce n’est pas la même chose. En outre l’INVS explique que « les modifications des pratiques médicales et en particulier l’extension du dépistage jouent un rôle éminent dans l’augmentation du nombre de cas de cancers en France, dont une partie n’aurait jamais émergée cliniquement en l’absence de dépistage. » Ainsi, poursuit l’INVS, « l’analyse des données montre que chez la femme, la moitié des cas supplémentaires sont représentés par des cancers du sein, et chez l’homme environ 70% des cas supplémentaires sont représentés par des cancers de la prostate, ces deux cancers ayant fait l’objet d’un dépistage croissant ces 25 dernières années, conduisant à une évolution fortement divergente de leur incidence et de leur mortalité. » Il est vrai que l’augmentation du taux d’incidence du cancer ne s’explique pas entièrement par la démographie, le vieillissement de la population et les pratiques médicales. Cependant, on est loin des chiffres avancés dans le film. Et cette progression n’est pas entièrement imputable, comme ont tendance à le faire les écologistes, à la pollution. Par exemple en ce qui concerne le cancer de la peau, le Pr Philippe Saïag, chef du service de dermatologie à l’Hôpital Ambroise Paré (Boulogne), constate qu’il y a, pour la France, « 8000 à 10.000 nouveaux cas de mélanomes par an, c’est-à-dire un doublement tous les dix ans », expliquant « qu’on paye des expositions au soleil des années 70 ». A quand une campagne des écologistes pour faire interdire les rayonnements du soleil ?

4. Plus c’est gros, …

Toujours dans le film Nos enfants nous accuseront, une personne fait la remarque suivante à François Veillerette : « On a malgré tout une espérance de vie, dans nos pays dits évolués, on a une espérance de vie qui ne cesse d’augmenter. » Loin d’être déstabilisé par un fait contradictoire avec ses argumentations, François Veillerette répond : « Ces statistiques sont faites sur des études de parcours de personnes qui sont nées dans les années 1920-1930 et qui pendant leur vingt premières années n’ont pas connues l’exposition aux produits chimiques de synthèse, ni d’ailleurs aux radiations ionisantes, ni à tout un tas d’autres trucs, pratiquement, ni une alimentation raffinée. » C’est dans la même veine que ce que disait Dominique Belpomme en décembre 2008 : « Les centenaires d’aujourd’hui sont nés avant la guerre, ils n’ont pas connu la pollution. » Jean-Paul Jaud explique lui-même : « Mon papa a 87 ans ; quand il était gamin, il mangeait bio, il mangeait naturel. Aujourd’hui, ceux qui ont entre 80 et 100 ans ont mangé bio à la cantine scolaire. »

Or comme le souligne le site du MDRGF, « avant la deuxième guerre mondiale les pesticides employés en agriculture étaient des dérivés de composés minéraux ou de plantes. Ainsi, on utilisait des composés d’arsenic, de cuivre, de zinc, de manganèse, de plomb… ainsi que du pyrèthre, de la roténone, du sulfate de nicotine. » A propos des insecticides, les dérivés arsenicaux ont été utilisés depuis des siècles en Europe. Avant-guerre, l’arsenic était sans doute l’insecticide le plus utilisé. Or, dans son célèbre pamphlet antipesticides, Printemps silencieux, Rachel Carson affirme que « l’arsenic est la première des substances carcinogènes reconnues (…). Des populations entières ont été empoisonnées chroniquement par l’arsenic, pendant de longues périodes. De même, en des milieux contaminés par l’arsenic, on a pu constater la maladie et la mort de chevaux, de bétail, de chèvres, de porcs, de cerfs, de poissons et d’abeilles. » Voilà l’agriculture saine et naturelle d’antan, vantée par Jean-Paul Jaud et François Veillerette, qui a permis d’avoir autant de centenaires aujourd’hui !

5. Enfumer le spectateur

Jean-Paul Jaud se plaît à constamment entretenir la confusion dans la tête du spectateur. Alors que l’agriculture biologique s’engage à ne pas utiliser de pesticides ou d’engrais de synthèse, ni plus ni moins, le réalisateur fait croire que l’agriculture bio, ce sont des produits frais, équilibrés et de proximité. Forcément, il insinue que l’agriculture conventionnelle se résume à des produits conditionnés, à la malbouffe et à des produits provenant de l’autre bout de la planète. Voyons quelques exemples.

Quelqu’un demande à Thierry Baude, le responsable de la cantine scolaire, s’il allait continuer l’alimentation bio l’année suivante. Il répond : « J’espère…de tout cœur. Bon c’est vrai que personnellement je pense que je ne ferai pas le retour en arrière, d’être un ouvreur de sacs surgelés et un ouvreur de boîtes quoi. » Or il existe évidemment de nombreux produits bio en surgelés et en boîte conserves. Tout comme il existe de très nombreux produits frais issus de l’agriculture conventionnelle ! Même confusion lorsqu’il s’agit du pain. Quelqu’un affirme dans le film que « c’est meilleur le pain bio que le pain normal, parce que le pain normal c’est sec ». No comment ! Périco Legasse, le critique gastronome, parle pour sa part du « bon goût du pain », expliquant qu’« il a le goût de levain ». Une fois de plus, rien à voir l’agriculture bio ! Ensuite, Eric Perrois, un parent d’élève, explique : « De passer sur le bio, ça permet aussi de dire voilà, il y a effectivement des données environnementales importantes. Le fait qu’effectivement un pot de yaourt fasse trois mille kilomètres avant d’arriver dans ton assiette, est ce que c’est une logique ? Euh ben non. » Et cela à voir avec le bio ? Euh ben non ! Il existe bon nombre de produits bio qui parcourent, eux aussi, des milliers de kilomètres avant d’arriver dans notre assiette. Enfin, alors qu’il est mentionné que « surpoids obésité diabète ont triplé en 20 ans », on voit dans le film qu’il est notamment question de manger des « saucisses bio », des « brochettes au comté et à la saucisse de Morteau », du « fromage de tête », du « clafoutis aux abricots », des « glaces à la noix de coco », bref que des produits diététiques et équilibrés ! Un enfant s’exclame même que ce qu’il préfère, ce sont les frites ! Frites bio, of course ! Et cholestérol bio, aussi…

email
Commentaires
  1. zygomar
  2. daniel
  3. Barbatruc
  4. l'autre pierre
  5. daniel
  6. zygomar
  7. Vengeur masqué
  8. ME 51
  9. Laurent Berthod
  10. ME 51
  11. ME 51
  12. ME 51
  13. Cultilandes
  14. Laurent Berthod
  15. Laurent Berthod
  16. Chantal
  17. zygomar
  18. Daniel
  19. zygomar
  20. zygomar
  21. Daniel
  22. ME 51
  23. Laurent Berthod
  24. Bruno
  25. tybert
  26. Chantal
  27. Chantal
  28. ME51
  29. Laurent Berthod
  30. Laurent Berthod
  31. Laurent Berthod
  32. Aubarecy
  33. ME51
  34. zygomar
  35. zygomar
  36. villegas
  37. fabrice
    • daniel
      • fabrice
        • Karg
          • fabrice
          • Karg
  38. daniel
  39. fabrice
    • daniel
  40. Astre Noir