Pessimisme et caricature

L’hélicologiste Nicolas Hulot a encore frappé. Une semaine après la sortie en salle du Syndrome du Titanic, revenons quelques instant sur la bande-annonce : une véritable caricature.

Musique lourde et inquiétante, sons stridents, bruitages imitant la respiration et le battement du cœur, scènes industrielles (où l’homme est absent, remplacé par la machine) et urbaines accélérées, soigneusement sélectionnées pour l’uniformité ou la grandeur des acteurs, du décors (écrans de cotations, salariés se rendant au travail, poussins, maisons de banlieue, vues de sièges sociaux la nuit pour les rendre plus inquiétants, etc). Où comment Nicolas Hulot instrumentalise la déshumanisation indéniable de notre société, héritée des idéologies du XXème siècle, au profit d’une nouvelle idéologie. Drôle de rupture…

Nicolas Hulot tient un discours de converti à l’écologisme : « je ne suis pas né écologiste, je le suis devenu ». Bref, le sieur vous signifie par là qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire… pour devenir écolo bien sûr ! Car Gaïa, dans sa grande bonté, est infiniment miséricordieuse et pardonne même aux plus gros des pollueurs, à condition qu’il se convertisse à cette nouvelle religion new-age, sorte de syncrétisme mondialiste des grandes existantes. Quand l’Ere du Verseau devient l’Ere du Vert sot…

Après ça, Nicolas Hulot ose déplorer : « Je nous observe standardisés, quasi désintégrés ». Il ne se rend pas compte que c’est son prêt-à-penser écologiste « standardisé », seriné à toutes les sauces, qui uniformise les opinions et désintègre la pensée, réduit à néant la possibilité même de disputatio. Nicolas Hulot a-t-il conscience des prétentions universelles de son idéologie ? Ce nouveau colonialisme moral, le colonialisme écologiste, est-il plus acceptable que les anciens colonialismes ? Ne s’agit-il pas d’une version libérale (leur liberté s’arrête là où commence la mienne qui est de vivre sur une planète en bonne santé) du sauvetage des peuples d’eux-même mais inversé : non plus par la civilisation mais par la « décivilisation ». Et puis, le dépassement du cadre de la nation pour lutter contre le changement climatique ne va-t-il pas lui-même dans le sens de l’uniformisation que dénonce l’animateur ?

Pour couper court aux critiques de ses détracteurs sur les contradictions entre son discours et ses actes, Nicolas Hulot admet dans la bande-annonce, sur le ton de la confession :

« Je suis un enfant aussi moi de cette société de consommation. Je dois avancer pas à pas vers plus de cohérence. Jusqu’où suis-je prêt vraiment à aller dans le choix, dans le renoncement ? »

Histoire sans doute de ramener au bercail ceux qui parmi les écolos, même récemment convaincus, se lassent du capitalisme à la sauce verte.

En fait, « je consomme donc je suis » est aussi déplorable que « je ne consomme pas donc je suis ». Les deux affirmations sont idéologiques. Pourquoi ne pas leur préférer celle-ci : « je consomme parce que je dois vivre ».

Oui, n’en déplaise à Nicolas Hulot, « le superflu des uns est sans limite ». Ce qu’il juge « inadmissible ». Mais le soucis – qui frise aujourd’hui l’obsession – de l’environnement n’arrive que lorsque ce superflu existe. En fait, Nicolas Hulot et ses amis écolos font partie de ce superflu.

Pour couper court aux critiques des religions ou des adversaires du colonialisme, Nicolas Hulot montre un pasteur noir, dont le pupitre laisse apparaître une croix déclarant : « ce changement commence avec vous ». Un discours éminemment politique : il ne laisse pas le choix (or, le croyant ne se sauve que s’il choisit la voie du Salut) et idéologique : il est centré sur la planète, pas sur une réalité tangible… Une façon de montrer que les gens du Sud qui ne sont pour rien dans le réchauffement attribué à l’homme, se bougent, eux. Hulot et consorts n’ont de cesse de culpabiliser l’homme de l’hémisphère nord qui n’a pas choisi d’y naître. On a d’ailleurs le droit, parallèlement aux séquences illustrant notre mode de vie, à des images de la misère en Afrique…

La super production est un virulent plaidoyer contre le progrès scientifique et technologique. Nicola Hulot fait l’erreur de partir du postulat qu’on « s’abandonne » forcément « dans les mains » du progrès. Comme s’il n’y avait pas la possibilité de l’appréhender prudemment, de le mettre au service des intérêts de l’homme donc de la planète… Ce progrès qui manque justement à certains pays pour sauver des millions de vies humaines. Autant de blates en trop sur notre bonne vieille terre, pensent certains dont nous ne sommes pas. Le télé-écologiste Hulot a bel et bien une vision pessimiste de l’homme.

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