« Faut-il arrêter de faire des enfants ? »

C’est le titre du dossier du dernier Terra Eco, un de ces mensuels écolos qui fleurissent depuis quelques mois.

Comme souvent, poser la question, c’est déjà y répondre…

Le directeur de la publication Walter Bouvais a beau affirmer dans son éditorial que « nos enfants sont bien davantage que des pollueurs en puissance », un « pari sur l’avenir », tout le dossier dit le contraire. Pictogramme représentant un enfant encerclé de rouge et barré à chaque page. Terra Eco se réjouit : « quelques uns osent bousculer le tabou du contrôle des naissances. Ne plus faire d’enfants pour sauver la planète ? Logique, oui ! » Problème : « Seul le régime autoritaire chinois semble savoir comment s’y prendre. »

Et l’incontournable Yves Cochet d’asséner péremptoirement que « ce qui compte, c’est (…) l’empreinte écologique ». L’élu de gauche s’en prend à la « politique (…) nataliste » de la France, aux allocations familiales. Y « toucher » permettrait selon lui de « modifier l’imaginaire collectif » selon lequel la vraie richesse, c’est d’avoir des enfants. Il peste contre l’Eglise aux yeux de laquelle « le contrôle des naissances reste encore tabou ».

Terra Eco ouvre également ses colonnes aux théories de James Lovelock, un des patrons de l’Optimum Population Trust (OPT), « un groupe de réflexion » qui se donne pour but de « sensibiliser le public à la question de la surpopulation ». Selon lui, « la population optimale de la planète se situerait aux alentours de 3,6 milliards d’habitants » : 47 millions d’habitants aux Etats-Unis, 659 millions en Inde, 20 millions en France, 17 millions au Royaume-Uni… Bizarrement Terra Eco n’explique pas comment diviser par trois le nombre de citoyens dans notre pays… Et tant pis si les transhumanistes californiens qui militent pour une race supérieure génétiquement modifiée applaudissent devant de telles projections ! Peu importe si les racistes du British National Party justifient leurs projets à l’aide des travaux de l’OPT !

« Contre le CO2 », l’arme absolue serait selon Terra Eco« la contraception ». Jugez plutôt : « pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il serait 4 à 5 fois plus efficace d’investir dans le planning familial plutôt que dans les technologies peu émettrices de CO2 ». Et le directeur de l’OPT, Roger Martin, d’exiger que la question de la population soit « intégrée aux négociations du sommet de Copenhague sur le climat en décembre ». Le ministre de l’environnement de l’Inde a opposé un refus net à une telle revendication.

Puis Terra Eco donne la parole à des militants écologistes radicaux qui ont fait de la lutte contre la natalité leur cheval de bataille. Kate Paylor, 58 ans, « (conçoit) des logos pour vêtements sur des thèmes qui (lui) tiennent à cœur comme l’environnement, l’athéisme, la paix mais surtout pour le mouvement des personnes sans enfant, les child-free ». Elle vitupère contre la société américaine, « inondée de propagande chrétienne ». Théophile de Giraud, 40 ans, est l’auteur de « L’art de guillotiner les procréateurs, manifeste anti-nataliste ». Il réclame l’instauration d’une « allocation de stérilité » (sic) pour les femmes qui s’engageraient à ne pas avoir un troisième enfant. Ou, au minimum, de « taxer les enfants surnuméraires ». Scott Selenak, 24 ans, s’est fait stériliser et travaille sur un projet de film documentaire sur la contraception dans les pays en voie de développement, « là où l’influence de l’Eglise est énorme ». Quant à Eric Gates, 48 ans, consultant, il regrette que « les grandes fondations philanthropiques, comme celles de Bill et Melinda Gates ou de Warren Buffet, consacrent des millions de dollars à vacciner les populations du tiers-monde. Cela part d’une bonne intention, mais le résultat, c’est que la population se développe à un rythme effréné. » Et de préconiser la contraception…

Un dossier partial qui ne donne pas la parole à tous ceux (et ils sont nombreux !) qui pensent qu’ « il n’y a de richesse, ni force que d’hommes » (Jean Bodin). Un dossier qui fait froid dans le dos, même si les rédacteurs de Terra Eco se dissocient clairement des organismes ou des propos les plus radicaux. Pas étonnant pour une revue qui travaille à rendre l’écologie plus sexy auprès du grand public.

Et si l’urgence, c’était de protéger l’humanité de ces hommes et de ces femmes qui s’érigent en (bonne) conscience planétaire ? Ce dossier est en filigrane une charge en règle contre le christianisme. La rédaction de Terra Eco nous ramène, bien malgré elle, à la phrase biblique : « Vous serez comme des dieux » (Gn, 3, 5).

Terra Eco du mois d’octobre a au moins le mérite de démontrer que le matérialisme peut être vert, ce qui ne le rend pas moins détestable, surtout dans la bouche de ceux qui ne ratent pas une occasion de vitupérer contre la société de consommation.

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