Radicalisme chic

 

Très complaisant, Le Figaro du 7 octobre nous assure que Nicolas Hulot ne se « (reconnaît) pas du tout dans le terme de radicalité ». « J’ai approfondi ma pensée, c’est tout » déclare-t-il. Où comment Hulot, plus « deep » que jamais, nous assure que la « deep ecology » lui est totalement inconnue. Pour mieux nous convaincre, le quotidien à la devise de Beaumarchais en rajoute une couche : « Hulot le funambule reste droit sur son fil. Pas question de décroissance ni d’antilibéralisme. » Ah bon ?

Dans ce cas, comment expliquer l’enthousiasme du député français au Parlement européen et ancien de Greenpeace, Yannick Jadot, qui salue l’évolution de ce « formidable médiateur » ? Ou le lyrisme de Stéphane Lhomme, président de l’association Tchernoblaye et porte-parole du réseau « Sortir du nucléaire », ex de la LCR et accessoirement militant de l’association « Droit au logement » ? Celui-ci, autrefois sévère avec l’animateur, notamment en raison de ses ambiguïtés sur l’atome, se réjouit de son « virage ». « C’est Besancehulot ! ». Solidaire jusque dans ses fantasmes de persécution alors que l’écologisme est partout, il ajoute : « la question qui se pose maintenant, c’est de quelle manière il va être écrabouillé par ceux que son discours dérange. »

Daniel Cohn-Bendit, en quelque sorte le « premier écologiste de France », ne peut lui-même que constater la radicalisation de Nicolas Hulot. Et la regretter :

« S’il continue comme cela, où va le conduire la radicalité de sa pensée ? Dire qu’il y a urgence, cela ne veut pas dire qu’il faut imposer. Le danger d’un certain argumentaire de la radicalité écologique, comme de la radicalité sociale, c’est de mettre entre parenthèses la démocratie. C’est le même problème que pose Olivier Besancenot. »

Rien que ça ! A la question, « L’écologisme ambiant est-il soluble dans la démocratie ? », le chantre de l’interdit d’interdire semble désormais douter. « Le syndrome du Titanic » n’est peut-être pas pour rien dans cette prise de recul puisque Daniel Cohn-Bendit a pu le visionner en avant-première la semaine dernière en compagnie de Jacques Chirac, Michel Barnier ou encore Jean-Louis Borloo.

Jean-Paul Besset, député français au Parlement européen élu sur une liste Europe Ecologie craint quant à lui que la radicalisation de l’hélicologiste ne se retourne contre lui et contre les défenseurs autoproclamés de la planète : « Le risque de rejet est réel. Sa petite musique devient de plus en plus incompatible avec le discours commun. »

Il n’y a finalement que le principal intéressé pour nous assurer que « ce n’est pas (lui qui s’est) radicalisé, c’est la situation. » Et d’ajouter : « Je me suis d’abord beaucoup penché sur la dimension écologique, je n’ignorais pas la dimension humaine, mais j’ai pris conscience, il y a deux ou trois ans, avec les crises qui se sont succédé, que tout était imbriqué. »

« L’homme qui parle à l’oreille de Sarko » devrait se rappeler la phrase de Talleyrand : « tout ce qui est excessif est insignifiant ». Mais il est vrai, tellement chic, par les temps qui courent !

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