Réchauffement en Europe : la faute à la dépollution?

Il y a quelques mois, une étude très intéressante est sortie assez discrètement. Deux chercheurs français du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement et un météorologue néerlandais ont en effet analysé les épisodes de brumes et de brouillards en Europe depuis une trentaine d’années. Conclusion : depuis les années 70, sur l’ensemble du continent européen, le nombre de jours de brumes – des brumes légères aux plus épais brouillards – a diminué de moitié. Or ces scientifiques ont pu estimer que cette diminution contribuait de 10% à 20% au réchauffement diurne en moyenne sur l’Europe et, selon la saison, jusqu’à 50% en Europe de l’Est en hiver ! Comment est-ce possible ? Eh bien, tout simplement quand la visibilité est faible, le rayonnement solaire au sol est moins fort et les températures diminuent. A l’inverse, quand il y a moins de brumes et de brouillards, comme c’est le cas aujourd’hui, les températures augmentent. Autrement dit, cette diminution explique en partie le réchauffement exceptionnel de 0,5°C par décennie observé en Europe depuis trente ans, deux fois plus fort qu’en moyenne sur tous les continents.
La journaliste Laetitia Brunet, dans un article consacré à cette étude et publié dans Le journal du CNRS, s’interroge sur l’origine du recul des brumes et brouillards : « Mais au fait… comment expliquer ce recul des brumes et brouillards ? Par une autre diminution, répondent les chercheurs : celle des émissions de dioxyde de soufre. Issues notamment de la combustion du charbon et du pétrole, polluantes pour l’atmosphère et potentiellement toxiques pour les êtres vivants, elles font aussi partie des antagonistes des gaz à effet de serre : contrairement à ces derniers, elles renvoient une partie des rayonnements solaires vers l’espace – c’est l’effet albedo – et peuvent donc s’enorgueillir d’un effet rafraîchissant sur l’atmosphère. » La journaliste poursuit : « Les émissions de dioxyde de soufre ont vu leur quantité diminuer, en France, d’un facteur dix en trente ans, grâce notamment à une moindre utilisation du charbon pour le chauffage, à l’application de filtres sur les cheminées, ainsi qu’à la mise sur le marché de combustibles de meilleure qualité. » Il ne fait pas de doute, les chercheurs ont bien confirmé le lien entre la diminution des phénomènes de brumes et de brouillards observés depuis une trentaine d’années et celle des émissions de dioxyde de soufre. Et voilà comment en dépolluant, on aggrave le réchauffement climatique !

Sources
Robert Vautard, Pascal Yiou, Geert Jan van Oldenborgh, « Decline of fog, mist and haze in Europe over the past 30 years », Nature Geoscience 2, 115 – 119 (2009)
Lætitia Brunet, « Le brouillard se dissipe sur l’Europe », Le journal du CNRS, n°232, mai 2009.

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