L’écologie peut-elle devenir la prochaine dictature ?

« L’écologie peut-elle devenir le prochain fascisme ? ». L’animateur Eric Lange a eu le mérite de poser la question dans son émission « ça vous dérange » (France-Inter – 6/7/09). Pour en débattre, le philosophe et sociologue Jean-Pierre Le Goff et Noël Mamère, le journaliste et homme politique bien connu.

Une émission à écouter. Mais il nous a paru intéressant d’en faire un résumé.
LA « PETITE MUSIQUE » ECOLOGISTE JUSQUE DANS LES ECOLES
Le discours écolo ambiant, un « nouveau moralisme » ? Ses promoteurs, des « nouveaux bien-pensants » ? Jean-Pierre Le Goff avertit : « il y a un courant fondamentaliste (…) qui se réclame de l’humanisme ». Jugeant le terme ‘idéologie’ « peut-être un peu fort », il préfère dénoncer cette « petite musique qui accompagne le constat des problèmes réels ». Par exemple, l’effrayante vidéo de Greenpeace, ‘It’s not too late’ ou selon lui « la version hard de la petite musique ». Il s’en prend au « rouleau compresseur des bons sentiments » et aux « mallettes pédagogiques à l’école ». « Il y a quand même cette idée de révolution mentale et culturelle à opérer, en douceur. Ce ne sont pas les chemises brunes qui marchent au pas mais il y a ce fantasme de façonner les nouvelles générations et le fantasme de table rase. » Jean-Pierre Le Goff dénonce aussi le « concept chewing-gum » du développement durable « qui est rentré à côté des humanités à l’école ». « Cela n’est pas l’écologie au sens du débat politique nécessaire, c’est pour moi de l’idéologie ». Il insiste : « cela participe d’un climat qui n’est pas bon, y compris pour poser les problèmes réels qui sont les problèmes environnementaux actuels ».
Rebondissant sur l’intervention d’une auditrice consacrée aux lobbies, Jean-Pierre Le Goff assène : « Il y a une illusion qui consiste à dire que les groupes de pression, c’est simplement EDF. Il y a des groupes de pressions écologistes, (…) des industries derrière qui essaient de placer leur produits, ça n’est pas à sens unique ». Exemple, le lobby éolien. Des groupes de pression à l’œuvre jusque dans l’école de la république observe celui qui se déclare « pour la laïcité à l’école » donc opposé à la diffusion de la « petite musique » en son sein : « Je suis pour que l’école reste un lieu à l’abri de tous ces groupes de pression ». « J’ai regardé les nouveau petits livres qu’on diffuse dans les écoles auprès des jeunes, c’est quand même une nouvelle conception de la vie qui mérite démocratiquement d’être discutée » juge-t-il. Surtout si elle remet en cause l’idée que nous nous faisons de l’homme…
UN NEW AGE QUI BOULEVERSE NOTRE CONCEPTION DE L’ETRE HUMAIN
Jean-Pierre Le Goff cite Edgar Morin, en plein délire syncrétiste : « C’est désormais sur cette Terre perdue dans la cosmos astrophysique, cette Terre système vivant, des sciences de la terre, cette biosphère Gaïa, que peut se concrétiser l’idée humaniste de l’époque des Lumières, qui reconnaît la même qualité à tous les hommes. Cette idée peut s’allier au sentiment de la nature de l’ère romantique, qui retrouverait la relation ombilicale et nourricière avec la Terre mère. En même temps, nous pouvons faire converger la commisération bouddhiste pour tous les vivants, le fraternalisme chrétien et le fraternalisme internationaliste, héritier laïc et socialiste du christianisme, dans une nouvelle conscience planétaire qui doit lier les humains entre eux et la nature terrestre. »

Difficile en effet de voir dans ces propos autre chose qu’ « une vaste utopie » pour reprendre les termes de Jean-Pierre Le Goff…

« Je veux bien qu’on remette en cause une vision prométhéenne » mais « il faut savoir jusqu’où on remet en cause l’héritage dont on est issu ». La question de la raison « spécifie l’homme par rapport à l’ensemble des autres êtres créés ». « Dans la tradition judéo-chrétienne, et même dans l’islam, il y a une primauté, une dignité première de l’homme dans l’espace de la création ». La « petite musique est en train de développer quelque chose qui à mon avis peut s’apparenter au New-age, c’est-à-dire des bricolages néo-religieux où finalement, ce qui compte avant tout, c’est la relation de l’homme avec le grand tout dans l’univers, être créé, le cosmos… ». Cette vision « s’infiltre » par exemple dans Ushuaïa, à propos de laquelle Jean-Pierre Le Goff ironise au sujet de « nos frères les chimpanzés ». Il n’est pas loin de faire pouffer de rire l’animateur Eric Lange et nous avec quand il constate, sur un ton désabusé qu’« il y a de l’émotion devant une baleine ». « On projette sur les animaux, sur la nature, des comportements et une culture proprement humaine ». Le philosophe invite les écolos à « faire la part des choses » : à « [déplacer] le problème de la morale » au politique. Et ne dit pas autre chose quand il s’élève contre le manichéisme écolo : « Cela n’est pas vrai qu’il y a un méchant camp ». Ou alors : pas de liberté pour les ennemis de l’écologisme ?
L’ECOLOGISME EST-IL SOLUBLE DANS LA DEMOCRATIE ?
En théorie, oui. Noël Mamère « [appartient] à une famille de l’écologie politique qui considère que l’on ne pourra améliorer la condition de l’homme sur la planète (…) que par des moyens démocratiques ». Pas par « les experts ou les grands lobbies ». Ceux-ci n’étant bien entendu jamais du camp écologiste…
L’élu vert se prononce contre « l’écototalitarisme où il faudrait avoir des tickets de rationnement, faire tant de voyages par an ». Il se déclare « plutôt adepte de l’autolimitation ». Et des taxes sur les carburants. Donc en fait de la limitation automatique à défaut de l’autolimitation… pour les plus pauvres.

Mais en pratique ? Noël Mamère ne favorise pas la tenue d’un débat démocratique en rétorquant à un auditeur climato-sceptique que « le nombre d’experts scientifiques qui remettent en cause le bouleversement climatique peut se compter sur les doigts d’une main ». C’est à la fois caricatural et faux. Caricatural car les scientifiques en question contestent les conclusions du GIEC, pas le bouleversement climatique lui-même. Faux car ils sont plusieurs milliers.

Noël Mamère n’hésite pas non plus à comparer les auditeurs qui craignent que l’écologisme ambiant ne finisse par leur retirer des libertés aux électeurs du Front national… : « On est pratiquement au résultat d’Hénin-Beaumont ».

La caricature et le discrédit, voilà de bien étranges manières d’encourager le débat démocratique !

Le naturel revient au grand galop
Habile, le député ne parle pas de « révolution culturelle » mais d’« évolution culturelle ». Et préfère la notion de « développement soutenable » à celle de « développement durable ». Il tacle au passage le Pr Belpomme qui déclare que « la nature doit reprendre ses droits ». Plutôt que la nature, « c’est au droit de reprendre ses droits » précise Noël Mamère. Il souhaite « renforcer l’état de droit, c’est-à-dire la garantie de nos liberté ».

Dans le même temps, il déclare militer pour intégrer dans le droit français et le droit international la notion de « criminalité écologique »…

Pourtant, Noël Mamère admet en fin d’émission : « Si on n’agit pas aujourd’hui avec les moyens de la démocratie, oui, demain, nous aurons des formes de régimes autoritaires et policiers, c’est clair, qui ne seront pas d’ailleurs fondés uniquement sur les questions d’écologie, voilà. Ce que nous voulons, c’est une transformation écologique et sociale de nos sociétés par les moyens de la démocratie : par le débat, par la démocratie participative, par tous les outils qui sont à notre disposition ».

Ça commence mal…

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