Le gachis des faucheurs

Marc Fellous, professeur de génétique humaine à l’université Denis-Diderot (Paris VII) et ancien président de la Commission du génie biomoléculaire signe dernièrement une tribune passionnante (passée sous silence) dans La Tribune.

Il nous rappelle le gâchis provoqué par les faucheurs volontaires et le « climat hostile » à la recherche sur les OGM qu’ils contribuent à instaurer, dans le secteur privé tout d’abord :

“(…) Meristem Therapeutics, dont les derniers essais en plein champ sur un maïs transgénique produisant la lipase gastrique destinée à soulager les enfants atteints de mucoviscidose avaient été détruits au cours de l’été 2005, a déposé son bilan trois ans plus tard. (…) Librophyt, « start up » créée par deux chercheurs du CEA (Commissariat à l’énergie atomique) pour produire des molécules thérapeutiques grâce à des plantes, a mis la clé sous la porte. Biogemma, une société de biotechnologie soutenue par le monde agricole et spécialisée dans l’amélioration des variétés végétales, a expatrié ses essais aux Etats-Unis et en Israël. Après avoir fermé deux centres de recherche en 2007, Biogemma envisage désormais de délocaliser ses deux derniers centres encore situés en France.”

Le secteur public n’est pas épargné :

“En raison du nombre insuffisant de projets, les 2 millions d’euros annuels prévus par l’Agence nationale de la recherche (ANR) pour l’action ANR-OGM (à comparer aux 2,4 milliards d’euros pour le plan OGM chinois de 2006 à 2020), dédiée en partie à la réalisation d’études sur les impacts des OGM, n’ont pas trouvé preneur, entraînant l’arrêt du programme.”

Un gâchis qui conduit les scientifiques français à s’expatrier. Marc Fellous donne l’exemple du professeur Claude Fauquet (chercheur de l’IRD, Institut de recherche pour le développement), aujourd’hui vice-président du Danforth Center situé à Saint Louis (Missouri) qui “travaille à l’élaboration de plantes résistantes aux virus à ARN (acide ribonucléique) et ADN simple brin et à l’amélioration en qualité nutritionnelle (protéines, vitamines, zinc ou fer) du manioc (Cassava).”

Et précise, à l’intention de ceux qui voient le mal partout :

“Ces nouvelles plantes destinées aux zones tropicales ne feront pas l’objet de brevets. Elles seront mises à la disposition des agriculteurs africains grâce à la collaboration fructueuse entre certains pays (Burkina, Ouganda, Kenya, Afrique du Sud), plusieurs fondations – très impliquées dans le financement de la recherche américaine – et aux passerelles établies entre les secteurs privé et public. Elles représentent le fruit des nouvelles applications technologiques, comme les techniques de « RNA silencing », développées d’abord par des équipes françaises (Inra et CNRS).”

Marc Fellous le déplore, et nous avec : la “vieille Europe” est en train de prendre un retard fatal sur les Etats-Unis dans le secteur de la recherche sur les biotechnologies végétales. La faute aux activistes écolos qui auront ensuite beau jeu de critiquer “l’impérialisme américain” qu’ils contribuent aujourd’hui à instaurer.

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Commentaires
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  7. daniel
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