« L’abondance dévastatrice »

Notre bibliothèque verte virtuelle s’enrichit d’un nouvel ouvrage à découvrir sans plus attendre :

L’abondance dévastatrice, Sir Frank Fraser Darling, 1970.

Ornithologue et écologiste écossais, Sir Frank Fraser Darling était le vice-président de la Conservation Society. Il était un proche ami de Sir Julian Huxley (cofondateur du WWF et accessoirement président de la Société eugéniste) et Teddy Goldsmith le considère comme « l’une des plus grandes figures du mouvement écologiste ». En 1970-1973, il fut nommé membre de la Commission royale sur la pollution environnementale et cautionna, en 1972, le livre Changer ou disparaître.

Sir Frank Fraser Darling écrit là un ouvrage général sur l’impact de l’homme sur la nature. Principal problème qu’il soulève : la surpopulation. Il évoque la « gênante perspicacité » du doyen Inge, un prêtre anglican, qui « savait voir, non seulement l’écart considérable, dans les sociétés civilisées, entre le taux des naissances des classes aisées et des classes laborieuses, mais aussi, dans l’immense monde non encore développé, l’absence de toute notion de limitation des familles, ou la répugnance à cet égard ». Le doyen Inge, soit dit en passant, dénonçait non seulement la surpopulation mais était en plus un fervent partisan de l’eugénisme. Pour autant, Darling rejette des solutions comme l’infanticide ou l’idée d’utiliser les maladies comme frein naturel… bien qu’il semble regretter les succès du DDT dans la lutte contre le paludisme, ce « grand moissonneur d’hommes » : « On connaît l’histoire du DDT, et la façon dont il a permis d’éliminer le paludisme dans de nombreux pays. Ceylan en offre un excellent exemple, avec le tragique résultat d’une population doublée. » Il considère également que l’espérance de vie est « trop généreuse » et affirme que « nous soulagerions d’un grand poids la population active en disparaissant à soixante ans ! » (Frank Fraser Darling est mort à 76 ans…) Ensuite, l’auteur prend quelques exemples historiques de la « guerre d’usure contre la nature à l’état sauvage », poursuivant avec des invectives contre la « foi en un progrès inévitable et absolu », tout en reconnaissant que la technologie pourrait être utile pour nettoyer ce qui a été souillé. Il s’en prend en particulier à l’industrialisation, parlant entre autre du risque de réchauffement climatique avec l’accroissement des émissions de CO2, n’oubliant jamais la question démographique : « La population et la pollution : voilà les deux grands problèmes de notre époque ; et la pollution est en général fonction de l’accroissement de la population (…). » Dans l’ensemble, Sir Frank Fraser Darling est assez pessimiste. Certes, il note des progrès concernant la prise de conscience écologiste ou l’établissement de parcs naturels en Afrique, mais il pense que le temps joue contre nous. Ainsi, parlant de la conférence à venir des Nations unies sur l’environnement de Stockholm, il écrit : « Lors de la conférence de 1972, le monde comptera déjà 150 millions de bouches de plus à nourrir, qui toutes clameront à l’adresse de la technologie : “Donne-nous davantage…” Davantage… non seulement de nourriture, mais de tout. »

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