Les origines étranges du régionalisme écologiste

regionDans la crise économique actuelle, bon nombre de citoyens et d’observateurs regrettent le désengagement de l’Etat ces dernières décennies au profit des acteurs financiers ultralibéraux. Il est indéniable que la situation des services publics d’enseignement, de santé, de transports, d’énergie, etc., est assez délabrée, victime de l’idéologie néo-libérale. Toutefois, l’Etat n’est pas que la cible des adeptes d’Adam Smith mais aussi celle de la très grande majorité des écologistes, toutes tendances confondues. Teddy Goldsmith, le « pape de l’écologie » selon Jean-Marie Pelt, affirme ainsi : « Comme l’a démontré Pierre Clastres, “l’Etat est l’ennemi de la société”. » Pour l’écologiste franco-britannique, « Il n’y a pas de place pour I’Etat, ni pour ses institutions spécialisées, dans une société qui s’efforce de recréer par elle-même une existence viable sur une planète qui le soit aussi ». Il ajoute : « Malheureusement, nous avons été conditionnés à considérer la prolifération des services étatiques comme le signe du progrès social et économique. » Dans un autre spectre de l’écologisme, Noël Mamère se félicite que les écologistes soient « à la fois régionalistes, européens, fédéralistes et mondialistes. (…) Ils font le pari d’une France sans départements et sans préfets, dans une Europe des régions ». Pour lui, « la France, c’est aussi l’histoire de la résistance multiforme des sociétés locales à l’emprise de l’Etat, la France de la rébellion face au pouvoir central. »

A priori éloigné de la protection de l’environnement stricto sensu, d’où vient cet engagement écologiste en faveur du régionalisme ? On peut voir ce rejet de l’Etat-nation dans les racines anarchisantes des écologistes. Ce n’est pas faux, car les pères fondateurs de l’anarchisme se sont constamment opposés à tout système centralisateur, dont l’Etat. Cependant, il existe un homme qui, de façon sans doute plus directe que les anarchistes, a contribué à rapprocher régionalistes et écologistes : il s’agit du penseur et écrivain suisse Denis de Rougemont (1906-1985). A sa mort, Teddy Goldsmith lui rendait un vibrant hommage : « Pendant toute sa vie, sa principale préoccupation, et le principal thème de la plupart de ses écrits, a été le caractère inacceptable de l’Etat-nation et la nécessité de créer une Europe des régions, dans laquelle les gens au niveau local prennent en charge leur administration et contournent les gouvernements nationaux dont les politiques sont constamment destructrices. » En 1995, un colloque sur le thème « Régionalisme, fédéralisme et écologisme » honorait la mémoire de Denis de Rougemont, avec dans son comité d’honneur des personnalités écologistes comme Daniel Cohn-Bendit et Brice Lalonde. Mais avant de contribuer dans les années 70 et 80 au rapprochement entre écologistes et régionalistes, Denis de Rougemont a eu un parcours assez surprenant. (à suivre)

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