Retour vers le passé… pollué

A écouter les écologistes, la pollution serait la calamité inhérente à notre société industrielle. Certains en sont même à regretter les temps jadis où l’homme vivait davantage en harmonie avec la nature. Peu de gens, pourtant, soupçonnent que l’homme a vécu par le passé dans un environnement pollué, souvent même bien plus pollué que celui de notre société occidentale. Pour s’en convaincre, il suffit de lire un livre intéressant de l’historien Jean-Paul Leguay : La pollution au Moyen Age (Editions Jean-Paul Gisserot, 2007).

Tout d’abord, il y a le problème des besoins naturels des individus. Comme le note Jean-Paul Leguay, « On “lasche ses eaues”, on défèque ou, plus poétiquement, on fait ses “aysemens et souillures”, ses “vidanges”, on crache avec désinvolture n’importe où au Moyen Age, au grand dam des passants ». Ainsi, l’individu satisfait ses besoins « à même le pavé, dans la rigole (…), au pied des façades des habitations, dans le caniveau central (…), dans les impasses, dans les cours d’immeubles, dans les “passages” et traboules lyonnais ». Et la vie des piétons d’antan était soumise à des agressions environnementales bien désagréables : « Vider des fenêtres des “pots à pisser”, des eaux sales et des détritus, uriner sur les passants qui tiennent par prudence le “haut du pavé” sont des habitudes bien ancrées », poursuit Jean-Paul Leguay. Ah certes, des lieux d’aisance privés ou collectifs sont aménagés, mais cela ne résout pas le problème. En effet, comme le souligne l’historien, « ce sont des réservoirs de bacille, dangereux pour la santé publique, surtout s’ils côtoient une halle ou une poissonnerie, des puits ou des conduites peu étanches (…). »

Mais ce n’est pas tout, car à l’époque l’homme vivait en symbiose avec la nature, c’est-à-dire avec les animaux. Donc, aux matières fécales d’origine humaine, il faut ajouter les crottins de chevaux et de mulets, les déjections de chiens, etc. Jean-Paul Leguay précise que « la plupart du temps, les animaux de basse cour et les porcs divaguent dans l’espace resserré de la rue, au milieu des passants, entre les étals, à la recherche de nourriture ». De plus, les abattoirs étaient intra muros. L’historien se demande ce que représentent, pour une ville de 40.000 habitants comme Rouen ou Lyon, « ces centaines de bêtes tuées à longueur d’année, ces litres de sang liquide ou caillé, (…), “ces tripes et ventres” putréfiés, ces peux sanguinolentes, ces flots d’urine et de matières fécales déversées sur le pavé, stagnant et attirant les insectes, les vers et les rats, avant de rejoindre le caniveau central ? » Sans parler des poissonniers, tripiers, etc. Bon appétit !

Alors, les écologistes pourront répondre que ce n’était que des problèmes d’hygiène, résolus depuis, mais que notre plaie actuelle, c’est la pollution chimique ! Eh bien, sachez que les contemporains de Jacouille la Fripouille n’étaient pas à l’abri de la pollution chimique, loin de là. Jean-Paul Leguay explique que « cette forme de nuisance n’est pas réservée à nos civilisations industrielles. Elle existe bel et bien au Moyen Age et s’avère, à la lecture de rares témoignages, plus redoutable que la pollution biologique que certains ont tendance à considérer comme naturelle. » C’est notamment le cas du plomb, contenu dans certains objets ou dans la peinture. Le saturnisme frappe donc de nombreux ouvriers manipulant le plomb, mais pas seulement : « La maladie atteint aussi les utilisateurs des objets fabriqués avec ce métal toxique et leurs descendants sont menacés de troubles de croissance, (…), de déséquilibre, d’un ralentissement des facultés mentales, de troubles rénaux. » Les citadins de l’époque peuvent aussi craindre les cuves des teinturiers, « remplis de teintures, de peintures à base d’oxydes métalliques, de salpêtre et de chaux ». De fait, « la pollution hydrique atteint des proportions redoutables chaque fois que les cours d’eau ont un débit trop lent (…) ». L’atmosphère n’est pas non plus indemne de pollution, « saturée d’odeurs repoussantes, de fumées toxiques, d’émanations d’oxyde de carbone, des particules de suie que lâchent les fours, les cuves ou les fosses à fientes ». Rappelons enfin qu’à l’époque les citadins, comme les paysans, se chauffaient et cuisaient leurs aliments avec des fours utilisant des combustibles comme la bouse ou le bois, entraînant des émissions importantes de monoxyde de carbone et d’autres substances nocives.

Maigre consolation : la plupart des gens vivaient alors dans une sobriété « heureuse »…

Source
Jean-Paul Leguay, La pollution au Moyen Age (Editions Jean-Paul Gisserot, 2007).

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