Au feu !

Alain Hervé, pionnier de l’écologisme en France et premier président des Amis de la Terre, écrit dans un billet publié récemment dans L’Ecologiste : « Avec le feu de bois, on évite la vulgarité du tout électrique, tout nucléaire. On s’arrête de bouger, de construire, de démolir, d’entreprendre. Sur le feu de bois on rôtit les châtaignes, on mitonne les légumes du jardin, on brûle les prospectus publicitaires. Avec le feu de bois, on donne la main à nos ancêtres de la préhistoire. » A première vue, on reconnaît volontiers avec lui qu’il n’y a rien de plus écologique et naturel que le feu de bois pour se réchauffer et cuire sa nourriture.

A première vue seulement. En effet, suite à des recherches menées entre 2001 et 2005 dans le cadre du programme européen Carbosol, il est démontré que «la combustion de biomasse (feux de cheminée, feux agricoles et feux de jardins) est responsable de 50 à 70 % de la pollution carbonée hivernale en Europe ». Ces particules représentent environ 60 % des polluants en suspension dans l’atmosphère et sont bien plus prépondérantes que celles provenant des transports, de l’industrie et des chauffages au fioul ou au gaz réunis. Florent Domine, du Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement, souligne que « même dans les grandes villes, le bois est la source de pollution n°1 », car « plus les molécules sont grosses, plus elles polluent ; dans ces conditions, le bois (sous forme de bûches) est donc le plus mauvais combustible car le feu entraîne une combustion incomplète, pyrolytique au niveau du cœur spécialement, qui libère de grosses molécules ». A titre de comparaison, « la combustion de 1kg de bois de cheminées pollue autant que la combustion d’une tonne de diesel pour automobiles». Sur le plan de la santé publique, cette pollution domestique et agricole engendre des troubles respiratoires et des cancers du poumon. Ces matières en suspension, ajoutées à l’ozone, entraîneraient, selon un scénario d’attentisme pessimiste, la mort prématurée d’environ 300.000 Européens à l’horizon 2020.

Ce n’est pas tout ! La cuisson par four traditionnel est également un « désastre sanitaire », pour reprendre les termes d’un cancérologue catastrophiste bien connu. En 2004, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a rappelé que « dans près de la moitié des familles de la planète, on continue à cuire en utilisant des combustibles solides – bouse de vache, bois, résidus agricoles ou charbon ». Et d’ajouter que « pour ce qui est de la concentration domestique des polluants dangereux pour la santé, un fourneau à bois courant dégage 7 à 500 fois plus que les limites admissibles de monoxyde de carbone et d’autres substances nocives ». Selon l’OMS, cette pollution « non industrielle » provoque chaque année, à elle seule, la mort de 1,6 million de personnes, ce qui correspond à une vie perdue toutes les 20 secondes. Les premières victimes de cette pollution sont les femmes et les enfants. Mais, pourrait rétorquer Alain Hervé, ils sont morts loin de « la vulgarité du tout électrique, tout nucléaire » et en donnant « la main à nos ancêtres de la préhistoire »…

Sources

Legrand, M. and H. Puxbaum, « Summary of the CARBOSOL project: Present and Retrospective State of Organic versus Inorganic Aerosol over Europe », J. Geophys. Res., 112 (D23), doi:1029/2006JD008271, 2007.

http://enews.techniques-ingenieur.fr/xg/newsletter/technoflash1/environnement-securite/le-projet-carbosol–fustige-les-feux-au-bois/48.html

« Les feux domestiques contribuent pour une grande part à la pollution hivernale en Europe », Le Monde, 12 décembre 2007.

OMS, « Pollution à l’intérieur des habitations – la fumée qui tue », octobre 2004 : http://www.who.int/mediacentre/news/statements/2004/statement5/fr/index.html

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